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LE TEMPS CALENDAIRE

Le lecteur sera peut-être étonné et même éberlué devant les nombreux thèmes qui seront évoqués dans ce qui suit. Il est vrai que nous avons perdu bien des clefs de l’organisation du temps telle que nos anciens nous l’ont léguée.
Remettre en lumière les sens calendaires oubliés donne parfois au calendrier un aspect surréaliste. Mais que l’on ne s’y méprenne pas, ce n’est pas parce que nous n’en comprenons plus la logique que ces organisations sont délirantes. Elles obéissent à une logique mythique qui a son rationnel” que le “rationnel” ne connaît pas.
Aujourd’hui, nous suivons un déroulement annuel devenu pratiquement une simple organisation horlogère exempte de sens, à l’exception de quelques grandes fêtes qui, elles aussi, nous échappent en grande partie.

Nous évoquerons ici la pensée et la mythologie populaire. Il ne s’agit ici ni de science ni d’élaboration savante. De même, il ne s’agit pas non plus de telle ou telle religion. Le populaire a toujours eu un caractère “syncrétique”, mélangeant aisément différentes religions avec ce qu’on appelle les superstitions du polythéisme paysan. Bien sûr, le christianisme prédomine mais en mettant en évidence son enracinement païen et donc paysan.

Afin de rassurer le lecteur, nous pourrions référencer tous les thèmes aux textes traditionnels anciens qui les cautionnent. C’est impossible à faire dans le cadre de cet article, ce serait trop long et trop compliqué. nous aurons tout juste le temps d'évoquer les thèmes en jeu.

Nous souhaitons que le lecteur se laissent emporter par le déroulement qualitatif - ô combien poétique - de ce temps qui passe et qui nous dépasse, quitte à revenir ensuite sur des points obscurs qui demanderaient de plus amples explications.

Vue d'ensemble

Un Palimpseste

Pour se maintenir, le christianisme a dû poser sa marque sur les anciennes fêtes dites “païennes”.
C’est donc en “lisant” puis en “grattant” le calendrier chrétien que nous pouvons retrouver la logique des calendriers précédents.

A la manière d’un palimpseste, le calendrier propose plusieurs couches successives qui ne sont pas toujours facile à percevoir. Les saints sont quelquefois venus masquer et remplacer d’anciens dieux. De même les grandes fêtes ne sont pas toutes inventées par l’Église. Un exemple clair est donné par la fête de Noël qui, au 4ème siècle, a été placée au solstice d’hiver pour masquer, entre autres, la fête de la naissance de Mithra ainsi que les cultes solsticaux du soleil. D’autre part, certains démontrent que Jésus est né le 25 juillet, en pleine canicule. (cf. Odile Ricoux, Christ caniculaire, la nativité le 25 juillet, Presses Universitaires de Valenciennes, distribué par Les Belles Lettres)

Un autre exemple est donné par la fête de la Toussaint qui est venue sacraliser la fête celte de Samain et d’Hallow’en, en espérant leur disparition. Comme Samain avait la vie dure, Odilon de Cluny a encore rajouté la fête des morts au 2 novembre.
En pratiquant de telles opérations de “sacralisation” l’Église occultait les organisations païennes en même temps qu’elle assurait, sans le vouloir, leur pérennité clandestine. Il est étrange de voir combien Hallowe’en revient en force aujourd’hui.
C’est donc en observant le calendrier chrétien - grégorien - qui est le nôtre, que nous pourrons approcher le sens de l’organisation du temps telle que le concevait la multitude de nos ancêtres.

Repères solaires

Pour comprendre facilement l’organisation calendaire, il est recommandé de tracer un cercle dont un des diamètres reliera les deux solstices : solstice d’été, au 21 juin et solstice d’hiver au 21 décembre. Ces deux fêtes sont donc opposées à 6 mois avant et après.

voir schéma

Le cercle représente l’anneau de l’année et le temps qui revient régulièrement en passant par les solstices et les équinoxes. L’année se déroule donc du solstice d’hiver, moment où le soleil se met à monter de plus en plus haut dans le ciel jusqu’au solstice d’été, moment où il commencera à redescendre vers l’hiver.
Perpendiculairement au diamètre des solstices, un autre diamètre reliera les équinoxes : l’équinoxe de printemps au 21 mars et l’équinoxe d’automne au 21 septembre.
Les quatre repères formés par les deux points solsticiaux et les deux points équinoxiaux seront marqués par des fêtes importantes.

En hiver, la Noël et la Saint Jean d’hiver, en été Saint Jean-Baptiste, Saint Jean d’été, au printemps l’Annonciation. L’équinoxe d’automne sera moins marquée sur le plan festif, la fête de Saint Michel étant située au 29 septembre, le 21 est marqué par la Saint Matthieu, l’apôtre qui fut, sans doute, le plus populaire. Le 22, Saint Phocas le jardinier. Le 23 ou le 24 étant marqués par Sainte Thècle et Saint Lin. Il faut rappeler que c’est l’époque où, autrefois, on faisait rouir le chanvre.

Pour des raisons que nous ne pouvons développer ici, les solstices et les équinoxes étaient situés à la date du 25 (début des calendes dans le calendrier romain). Il nous en reste les grandes fêtes : Noël, Annonciation, Jean et ensuite, Michel au 29.
Ce cercle nous indique les deux grandes phases du mouvement du soleil qui est le maître de la fécondité de la terre.

La première phase (ascendante) qui débute à Noël ou à la Saint Jean d’Hiver (28 décembre, l’apôtre : Jean qui rit parce qu’il voit remonter le “soleil invaincu”) et qui voit la terre se couvrir progressivement de végétations, de fleurs et de fruits.

La seconde phase (descendante) qui commence à Saint Jean-Baptiste (Jean qui pleure parce qu’il voit le soleil descendre) et qui voit la terre se dépouiller de sa végétation et aboutir au dénuement hivernal.

La tradition, reflet des textes bibliques, a toujours représenté Jean-Baptiste avec des caractères oursins : vêtu de peaux de bêtes, vivant au désert, mangeant du miel et des sauterelles.

A l’annonce de sa naissance, à son père Zacharie, l’ange Gabriel dit : il ne boira ni vin ni bière et le rasoir ne le touchera pas. Il fut donc naziréen. Sa position au solstice d’été le met en rapport avec l’aspect de la terre. Le mythe de Jean-Baptiste velu et oursin est isomorphe (de même forme) de celui de la terre couverte, à cette époque, de végétation. (La végétation est associée aux poils animaux, symboles de fécondité) La terre prend un caractère oursin qui naît avec le printemps et s’achève à la fin de l’été.

Le personnage de l’ours - qui fut considéré autrefois comme un dieu - jouera un rôle important, autant au passage à l’hiver qu’à celui du printemps.

Repères Celtes

L’année est ainsi divisée en 4 trimestres. Afin de préciser davantage la marche du temps, notre calendrier (dit grégorien) adopta 4 autres points de repères Celtes : 4 fêtes qui se situent à mi-chemin entre les solstices et les équinoxes. Au 2 février : Imbolgh (fêtes des souffles) au 1 mai : Beltaine (fête solaire et fête des sorcières) au 1 août : Lugnasad (fête de l’assemblée du dieu Lug) au 1 novembre : Samain (fête des morts).

Ces repères Celtes font que l’année est réparties peu ou prou en quarantaines successives (à chaque fois une lune et demie environ) qui sont des temps de conversion ou de guérison. Équinoxe d’automne/Toussaint - Toussaint/Noël - Noël/Chandeleur etc.

Bien sûr, 8 fois 40 ne font pas 365 jours annuels, mais une quarantaine de jours forment tampon souple entre le temps solaire et le temps lunaire.

L’imprécision des quarantaines vient aussi des deux références : solaire et lunaire.

Le temps incalculable

Si nous pouvons, relativement, maîtriser l’espace, le temps nous échappe totalement. Par contre, nous ne lui échappons pas. Il nous entraîne inéluctablement dans son mouvement. C’est sans doute pourquoi bien des religions établissent que Dieu est le temps. Un des premiers grands dieux était Janus, dieu “bifront” ayant deux visages, un tourné vers le temps passé et l’autre tourné vers l’avenir. Il personnifiait le Temps. Il n’a pas, lui non plus, échappé au destin temporel en laissant sa place, en Grèce, à Cronos devenu un nouveau dieu du temps sous le nom de Chronos. Chronos symbolise le temps en mangeant ses enfants : “ce temps qui nous dévore” et qui nous mène vers la mort.

Lorsque nous nous mettons à vouloir calculer et mettre en ordre le temps, nous devons sans cesse y revenir pour réajuster nos calculs. C’est ainsi que tous les quatre ans, nous sommes obligés de rajouter un jour à l’année dite “bissextile”. Cette opération se fait en février.

Mais un autre élément vient perturber nos savants calculs. Pour organiser un cycle temporel, il faut bien prendre une référence cosmique. Les deux références les plus claires et les plus faciles sont le soleil et la lune. Mais selon la référence, les calculs sont différents et ne correspondent pas. Ainsi, dans notre calendrier dit “soli-lunaire” qui tient compte à la fois du soleil et de la lune, le différence d’une année est de 12 jours ou 12 nuits et 11 jours. On appelle ces jours “épagomènes”, c’est-à-dire supplémentaires.

“ Le soleil a rendez-vous avec la lune...” Cette chanson est loin d’être simplement fantaisiste.

Repères lunaires

Bien des calendriers ont (ou avaient) une référence lunaire. Aujourd’hui encore, le calendrier musulman et le calendrier hébraïque comptent avec les mouvements de la lune. Il y a peu, c’était la même chose pour les calendriers grecs et chinois. Notre calendrier soli-lunaire chrétien contient quelques fêtes dépendantes de la lune. Ainsi en est-il pour la fête de Pâques, autour de laquelle tourne le carême (et donc le mardi-gras et le mercredi des cendres), l’Ascension et la Pentecôte. On les appelle “fêtes mobiles”.

Les repères solaires ne bougent pas dans le courant de l’année en raison du retour régulier des solstices et des équinoxes. Les fêtes qui s’y réfèrent sont appelées fêtes fixes : Noël, Chandeleur, Annonciation, Saint Jean.

Les portes solsticiales

La tradition veut que le ciel soit ouvert à deux périodes de l’année, celle qui correspond au signe zodiacal du cancer et celle qui correspond au signe du capricorne. Ces deux temps coïncident avec les solstices.
Le ciel est ouvert afin que les âmes des morts puissent remonter au ciel. C’est surtout le cas pour la porte du capricorne qui est appelée porte des dieux. La porte du cancer permet plutôt aux âmes qui s’incarnent de descendre sur la terre - le long du fleuve de la Voie lactée et accompagnées par Saint Jacques ou Saint Christophe.

Les deux portes sont symbolisées par la présence de deux clefs sur les armoiries du Pape : le Pontife (établisseur de ponts) qui relie le Ciel et la Terre.

Le cancer amène, simultanément la Canicule, période du chien, (enragé) et le capricorne amène la fécondité de la terre grâce aux souffles qui sortent des enfers et remontent vers le Ciel.

La circulation des souffles

Un des grands soucis de l’humanité a toujours été celui du destin des âmes (souffles). D’où viens-je et où vais-je ? La mythologie calendaire organise, de manière très créative, les cycles par lesquels les âmes circulent. Dans la mytho-logique qui préside à l’établissement de nos calendriers, nous provenons du grand “réservoir” d’âmes qu’est la Voie Lactée. En même temps la Voie Lactée est le véhicule (fleuve) qui permet aux âmes de descendre dans les liens du corps et s’incarner (en juillet-cancer) pour vivre en suivant plusieurs cycles annuels. Ensuite surviendra la mort et la descente aux enfers. (novembre) Enfin, la remontée sur la terre pour aider à la fécondation de la nature puis poursuivre la route vers le ciel afin d’y goûter la félicité. (en janvier-Capricorne)Si vous le voulez bien, suivons maintenant , de manière succincte, l’anneau de l’année.

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Au fil du temps

Les morts

Certains disent que la période qui entoure le début novembre aurait été la première des fêtes.

Commençons donc notre voyage à partir de ce temps si important que représente la période dite “des morts”.
Aucun peuple de ne vit sans ses morts. Si, sous nos latitudes, nous avons relégué la mort au rang d’un objet médico-hospitalier, sauf à entretenir quelques fleurs que nous portons à la Toussaint, sur les tombes, il n’en va pas de même en dehors de l’Occident. La plupart des peuples ritualisent, en permanence, la présence des âmes des ancêtres, comme le faisaient aussi nos anciens.

Ces âmes, ont de fréquentes tendances à “revenir”. Chez nous, autrefois, c’était à partir du début novembre que se situait la période des revenants. Cette période durera jusqu’à Pâques, date à laquelle le dernier des “revenants", Jésus, clôturera le cycle.

La première fête - qui avait disparu mais qui revient en force - est celle d’Hallowe’en, ou Samain. (Hallowed evening : soir des saints) (Samain : fin de l’été) Ce n’est pas une fête chrétienne, c’est l’ancienne fête celte des morts qui a lieu dans la nuit du 30 octobre au 1er novembre.
Premier jour de l’année celtique, c’est une fête joyeuse où l’on fait bombance et où l’on s’amuse. Il y est pourtant question de morts qui commencent à errer. Les morts sont craints, il faut les honorer et les aider. On allumera des bougies que l’on placera aux fenêtres afin de guider les “pauvres âmes” (Puça) errantes.

On creusera aussi des citrouilles en forme de têtes, dans lesquelles on placera des bougies. Ces citrouilles sur les fenêtres permettront aux morts de trouver leur chemin.

Cette nuit inaugure le temps des “revenants” avec lesquels il faudra bien compter jusqu’au printemps. C’est le début de la grande période carnavalesque qui occupera tout l’hiver.

Au 1er novembre l’Eglise a placé la fête chrétienne de Toussaint, instituée en 835 par Louis le Pieux afin de sacraliser la fête païenne de Samain. Fête qui se voulait joyeuse puisqu’il s’agit de saluer les bienheureux. Notre rapport romantique et craintif à la mort en a fait une fête plutôt triste, sauf peut-être aux Antilles où ces journées remplissent les cimetières d’activités multiples et de chants. Nous nous contentons de porter des chrysanthèmes sur les tombes devant lesquelles de courts instants de recueillement inhibés - et peut-être apeurés - suffiront à ritualiser ce jour en le réduisant à sa plus simple expression. Nous ne connaissons même plus le sens des chrysanthèmes (fleurs d’or : l’or étant un symbole d’éternité par son caractère inaltérable)

Mais peut-être est-ce le fond de paganisme qui réside en chacun de nous qui nous porte à honorer plutôt les âmes des morts que les saints eux-mêmes. Ceux-ci étant bien moins dangereux que celles-là.
Quoi qu’il en soit, l’instauration de la Toussaint n’avait pas mis fin au rapport des païens avec les morts. Odilon de Cluny, au Xème siècle, instaura donc la fête des morts le 2 novembre. Jamais vraiment acceptée par l’Église, elle ne fut que progressivement avalisée au cours des siècles. La fête des morts au 2 novembre est l’exemple d’une concession de l’Église au paganisme très préoccupé du culte des morts.

La quatrième fête remarquable pour le temps des morts est la Saint Martin au 11 novembre.

La fête de l’armistice occulte celle de Saint Martin sur les calendriers. Elle est née en 1918 lorsque les maréchaux français ont signifié aux allemands qu’il fallait attendre la Saint Martin pour signer l’armistice. Saint Martin est en effet patron de l’infanterie, et par extension, des armées, avec Saint Michel. Curieusement, on trouve approximativement dans le mot “armistice” l’anagramme de Martin.

Le fait de différer la signature de l’armistice en l’honneur de Saint Martin fit sans doute pas mal de morts en plus.
Le traité d’armistice fut signé à 5 heures du matin et pris cours à 11 heures. (le 11 du 11ème mois à 11 heures) C’est à cette heure que la tradition veut que l’ours commence son hibernation.

Martin est associé à l’ours. On appelle souvent l’ours “Martin” (ou Bruno, le Brun) La Légende Dorée décrit Saint Martin un peu comme un ours, en remarquant qu’il prêchait dans les églises assis sur un tabouret comme le font les montreur d’ours. Jacques de Voragine insiste sur le côté dru de son manteau de poils. Saint Martin est, d’autre part, décrit comme ayant un aspect très fruste et sauvage. Mythologiquement, il fait partie de la série des “hommes sauvages” avec Saint Jean-Baptiste, Merlin et bien d’autres... (Cf. Jacques de Voragine, “La légende Dorée” Garnier-Flammarion)

L’ours, en descendant dans sa caverne d’hibernation, emmène avec lui les âmes destinées au séjour des morts : dans les enfers (in-fernum : ce qui est en bas).

C’est donc à 11h00 précise que pris fin la guerre de 14-18.

Deux thèmes sont liés au mythe de Saint Martin. Le  partage de son manteau et l’été de la Saint Martin.

Les représentations de la “charité de Saint Martin” sont nombreuses. Martin était un militaire hongrois qui faisait partie du corps d’armée romain. Un jour, dans la froideur de novembre, aux portes d’Amiens, il aperçoit un pauvre dénudé. Il coupe alors on manteau en deux et lui en donne la moitié afin qu’il puisse se couvrir.

Cet acte charitable valu à Martin une punition pour avoir détruit du matériel militaire. Il fut attaché nu à un poteau, dans le froid pendant trois jours. Mais dès le début de cette humiliation, le soleil réapparut avec les fleurs et la douceur, ce qui lui permit de supporter aisément sa punition.

C’est l’été de la Saint Martin. (que nous appelons faussement et par snobisme l’été indien) C’est aussi le dernier sursaut de l’été. Nous entrons maintenant dans la période froide

Nous pouvons remarquer que Martin est quelquefois représenté prêchant sous un châtaignier duquel sont tombées les bogues et leurs châtaignes. Les bogues éparses se présentent sous la forme d’enveloppes piquantes (manteaux) lorsqu’elles tombent de l’arbre, elles s’ouvrent en deux et symbolisent la coupure définitive entre l’été et l’hiver. Le manteau de Martin symbolise donc lui aussi le passage entre les deux régimes météorologiques.

Le jour de la Saint Martin, on mange l’oie et l’on fait bombance. On allume aussi les feux pour l’hiver.

Deux jours plus tard, ce sera la Saint Brice, le 13 novembre. Brice est le frère ennemi de Martin. D’abord son disciple, il se révolte et provoque bien des conflits. Les conteurs qui racontent “la jeune fille sans main” ou “la fille aux mains coupées”, doivent savoir que Martin et Brice sont, dans une certaine tradition, les enfants de la fille au main coupée - Sainte Brigitte. Brice, appelé d’abord “Bras” se promène avec le bras de sa mère en bandoulière. (CF. Catherine VELLAY-VALENTIN - “Histoire des contes” - Fayard)

Ensuite vient la Sainte Cécile le 22 novembre. Elle est patronne des musiciens. C’est une fête toujours bien vivante surtout dans les campagnes où l’on trouve des fanfares de Sainte Cécile.

On ne sait pas trop pourquoi elle patronne des musiciens rien dans sa “Passio” n’indique quoi que ce soit sur sa “vocation” musicienne. Cependant, elle est quelquefois représentée jouant de la harpe. Or, le 22 novembre est le jour du passage au signe du Sagittaire qui tient un arc entre ses mains. Entre les cordes de l’arc et celles de la harpe, il n’y a qu’un pas qu’on peut aisément franchir. (Cf. J-C. Rey, “Donnez-vous votre saint quotidien”, Credel)

Il se pourrait que l’élection de Cécile au sommet de la hiérarchie des musiciens vienne tout simplement de son nom qui signifie “cécité”. Étant aveugle, ses oreilles prennent le relais. Sa vie n’indique pourtant pas qu’elle fut aveugle.

Lors de son martyre, dans sa salle de bain, le bourreau était si impressionné par la beauté de sa victime qu’il rata trois fois son coup d’épée. La loi voulait qu’après trois fois, on n’insista pas, Cécile agonisa alors, pendant trois jours, dans la salle d’eau. Elle est représentée avec trois blessures au cou.

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L'Avent (ce qui advient)

Le 25 novembre fêtera Sainte Catherine d’Alexandrie, patronne des jeunes filles. Par son martyre, elle préfigure le temps qui vient. En effet, elle fut placée sur la roue pour y être battue. Mais le feu du ciel vint briser la roue. Elle eut ensuite la tête tranchée. Catherine est aussi patronne des philosophes car c’était une femme d’une grande beauté mais surtout d’un grand savoir. Elle conversait avec les grands savants et argumentait parfaitement.

La roue de Sainte Catherine va de pair avec la croix de Saint André au 30 novembre. Ces deux signes forment la roue du temps qui se met en mouvement pour entrer dans la période de l’Avent et nous amener au 1 décembre, fête de Saint Éloi. On ne sait pas grand chose sur Saint André sinon son amour immodéré de la croix du Christ qui le porta à se faire crucifier sur une croix en X, comme sur les rayons d’une roue.

Saint Éloi est patron des orfèvres et un des patrons de tous ceux qui travaillent dans la métallurgie. Il est aussi patron des forgerons, maréchaux-ferrants, horticulteurs, cavaliers et chevaux. On le représente souvent en train de ferrer un cheval en compagnie de son fils Oculli qui, un peu benêt, avait coupé la patte d’un cheval pour la présenter à Éloi. Celui-ci prit la patte, la ferra, puis, sans s’émouvoir, vint la “recoller” au cheval. On lui consacre deux fêtes : celle-ci et celle dite de Saint Éloi d’été au 25 juin, date à laquelle il aidera à “tourner” le mouvement des pinces du cancer.

Cette période de l’Avent est aussi le temps des feux sous-terrains. C’est que la mère nature prépare déjà, clandestinement, le printemps. C’est aussi la période des alchimistes qui transforment la substance de notre mère la terre afin de la métamorphoser en or. C’est le temps de ce qui “advient” afin qu’apparaisse, au solstice, le SOLEIL INVAINCU.

Le 4 décembre, Sainte Barbe, (Barbare : étrangère) que son père avait enfermé dans une tour, au milieu d’un jardin-forteresse dans laquelle il avait placé de nombreuses idoles païennes, sera, elle aussi une patronne des gens du feu : pompiers, métallurgistes. On l’invoque contre la foudre.

Un jour que son père était absent, elle se fit construire un salle de bains avec trois fenêtres afin de symboliser la Trinité. Puis elle la décora avec des croix. En rentrant, son père qui n’avait pas apprécié, la dénonça, comme chrétienne, au gouverneur. Elle fut condamnée à avoir la tête tranchée. Son père demanda la faveur de pouvoir être son bourreau. Ils montèrent sur une montagne au sommet de laquelle le père trancha la tête de sa fille. En redescendant, il fut consumé par la foudre.

Le 6 décembre, Saint Nicolas (Victoire du peuple) évêque de Myra (aujourd’hui en Turquie)

Patron des marins, sans doute en raison de ses nombreux rapports à la mer. Patron des avocats car il tira d’affaires deux soldats condamnés à mort. Patron des enfants car il ressuscita trois écoliers “mis au saloir comme pourceaux”. Patron des alchimistes : le plus grand des alchimistes s’appelait Nicolas Flamel.

Pour se venger, des ennemis voulurent couvrir sa maison d’huile pour y mettre le feu. Mais Nicolas s’aperçu à temps de la menace et jeta l’huile dans la mer. Elle prit feu et l’eau brûla longtemps.

Le 13 décembre, Sainte Lucie (Lumière) et Sainte Odile (patrimoine). Aujourd’hui, Odile est honorée le 14, elle est patronne de l’Alsace. Mais les deux saintes ont un rapport avec les yeux. Lucie veux dire “Lumière”. Elle s’arracha les yeux pour les offrir à l’amant qui voulait la posséder. Odile était née aveugle et recouvra la vue en se faisant baptiser.

C’est donc la Sainte Luce, qui, autrefois, avant le passage du calendrier Julien au calendrier Grégorien, était placée le jour de Noël, d’où le dicton “à la Sainte Luce, les jours augmentent du saut d’une puce.”

Nous sommes toujours dans l’attente de la lumière de Noël qui arrive au solstice d’hiver - en l’occurrence le 25 décembre plutôt que le 21).

La liturgie chrétienne évoque, pendant le temps de l’Avent, des thèmes qui préparent l’arrivée d’un sauveur :  “Sortir du sommeil.”   “La nuit s'en va.”   “Le jour approche.” “Aurore d'un monde nouveau.” etc.

Tout attend l’arrivée du “Sol invictus”(Soleil invaincu) des romains et des adeptes du culte de Mithra. Au 4ème siècle, l’Église plaça la naissance de Jésus au solstice d’hiver afin de christianiser les festivités de Mithra, né, lui aussi, d’une vierge, dans une grotte. Jésus est donc identifié au nouveau soleil

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Sol Invictus

Le 24 décembre à minuit est témoin d’une inversion fabuleuse : Dieu se fait enfant. De plus, il naît dans le ventre d’une vierge  qui l’enfante dans la pauvreté. Marie et Joseph ne trouvent pas à loger. On leur prête une étable ou une grotte. Pour aider à l’accouchement, la tradition veut qu’on soit allé quérir la servante : Brigitte. Or, celle-ci n’avait pas de bras. Elle vint quand même et, en récompense de son geste, ses bras repoussèrent.

Nous entrons dans la période des 12 jours appelés “épagomènes”, c’est-à-dire “supplémentaires. Ils font lien entre le temps de l’année lunaire (354 jours) et celui de l’année solaire (365 jours). Soit, un laps de temps de 11 jours ou 12 nuits - ou encore de 12 nuits ou 13 jours, tout dépend de la façon de les calculer.

Les 13 desserts que l’on déguste à Noël, en Provence, ne sont sans doute pas étrangers à ces jours.

Ce temps, hors du temps, sera considéré comme un temps d’inversion pendant lequel tout ira à l’envers. Il nous mènera jusqu’à l’Épiphanie, au 6 janvier, jour des Rois, Noël orthodoxe, doublet exact de la fête de la nativité..

Il est curieux que l’Église ait placé au 25 la fête de Sainte Eugénie qui se déguisa en homme afin de vivre une vie monastique. Son père était gouverneur de la province. Attristé par la disparition de sa fille, il persécuta les chrétiens. Pour diverses raisons, il fit arrêter les moines du monastère où elle vivait. Celle-ci, devant le tribunal et une foule nombreuse que présidait son père, déchira son vêtement et montra sa poitrine afin qu’on découvrit qui elle était. Cette ambiguïté se retrouve à une autre date de “passage”, au 1 janvier, fête de Sainte Euphrosine qui se déguisa aussi en homme afin de vivre religieusement dans un monastère sous le nom de Smaragde. Son père inconsolable, croyant que sa fille était morte, vint au monastère pour y trouver du réconfort. On lui conseilla de s’adresser à Smaragde. Il s’entretint avec elle durant 38 ans sans découvrir qu’il s’agissait de sa fille. Puis elle mourut, mais avant de mourir, dénonça son secret.

Avant le 4eme siècle, l’Église ne fêtait pas la naissance du Christ. Les églises orientales avaient une fête qui assemblait le baptême de Jésus et les noces de Cana, son premier miracle : le 6 janvier. En Égypte, le 6 janvier était la fête de l’Épiphanie d’Osiris. Comme il était de mises en ces temps là, on christianisait les fêtes dites “païennes” et l’épiphanie d’Osiris devint Épiphanie chrétienne et visite des Mages.

Les Romains avaient fixé le solstice d’hiver au 25 décembre - premier jour des calendes de janvier - et fêtaient la renaissance du “sol invictus”, soleil invincible. Ils invitaient les chrétiens à leur joyeuse fête. C’est pour “récupérer” cette fête païenne que, au 4ème siècle, l’Église inventa la fête de la naissance de Jésus : Noël. Les deux fêtes étaient, au début, en interdépendance. Petit à petit, elles prirent leur indépendances et devinrent, l’une la naissance de Jésus et l’autre la visite des rois mages.

Quoi qu’il en fut, elles sont les limites de cette période de “non-temps”, jours épagomènes, jours d’inversion du temps qui se remonte comme le ressort d’une horloge afin de repartir au 6 janvier pour une nouvelle année. C’est sans doute à rapprocher du temps de Chronos, dont parle Platon, où les gens naissaient vieillards et mouraient bébés après avoir rajeuni toute leur vie. De Noël à l’Épiphanie, on vit un peu à l’envers, on fête les nuits et on dort le jour. On illumine tout et surtout la nuit.

Dans tous les cas, il s’agit bien de fêtes de la Lumière. Le terme Noël, en allemand, signifie Neue Helle : nouvelle lumière. Il n’a rien à voir avec une quelconque fête de la famille.

Le 26 décembre, Saint Etienne (Stéphane : petite couronne étroite). Le nom de ce premier martyr de l’Église évoque l’étroitesse d’un passage : c’est après ce passage difficile que le soleil inverse sa trajectoire et commence à remonter. C’est le jour le plus étroit de l’année, à la fois sphincter et passage sacré et initiatique à partir duquel la terre va, petit à petit, retrouver sa fécondité et sa végétation (son aspect velu et oursin). (La couronne  est, en substance un lieu de passage. C’est l’instrument que l‘on place sur la tête des rois afin qu’ils puissent remplir leur rôle d’intermédiaire entre le ciel et la terre.

L’angoisse du passage solsticial hivernal réside dans la peur de la disparition définitive du soleil et l’augmentation du royaume du noir (du démon), alors que le passage estival de juin engendre la peur de l’embrasement de la terre à cause du manque d’humidité.

Saint Jean, au 27 décembre fera pendant au Jean d’été (le Baptiste). Il s’agit de l’Apôtre, celui des noces de Cana, qui pria la Vierge d’intercéder auprès de Jésus afin de changer l’eau en vin.

C’est le Jean “glabre”, en opposition, six mois plus tard au Jean “velu” d’été, gardien de l’humidité grâce à sa toison. Il faut remarquer que la terre d’hiver est glabre, sa végétation étant rasée.

Le 28 décembre, la fête des Innocents commémore le massacre des enfants par Hérode qui recherchait Jésus. On lui avait fait remarquer qu’un enfant était né et qu’il le détrônerait.

C’était aussi une fête de l’inversion des pouvoirs, fête des fous, jour où les enfants étaient maîtres, élus rois de confréries de fous. Ce jour là, dans certaines villes de France, on disait des messes à l’envers en commençant par l’Ite missa est. Les textes chantés étaient scatologiques et grossiers.

Certains enfants pouvaient être élus dès la Saint Nicolas au 6 décembre. Ils avaient de réels pouvoirs, y compris celui de prélever quelques impôts.

Cette fête faisait pendant aux Saturnales romaines, jour d’inversion des pouvoirs où les maîtres, pendant une journée, étaient au service de leurs esclaves.

Ces rituels d’inversion existent encore en Inde aujourd’hui.

Le 31 décembre sera la fête de Saint Sylvestre (Sylva : la forêt), dernier jour de l’année civile précédent le 1er janvier, fête de la circoncision de Jésus et marquant métaphoriquement la coupure et le passage au mois de Janus (janvier). Janus est un dieu bi-front, il est représenté avec une tête tournée vers l’année qui s’achève alors que l’autre tête se tourne vers la nouvelle année : c’est l’ancien dieu du Temps mais aussi des passages.

Au 1 janvier se trouve la fête de la circoncision de Jésus. Coupure corporelle, métaphore de la coupure du temps au passage d’une année à l’autre.

La fin des jours épagomènes de l’inversion est marquée par l’Épiphanie (Noël des orthodoxes) au 6 janvier.  Ce jour là, des rois se prosternent devant un enfant (inversion des pouvoirs).

C’est le jour de la galette. Dans cette galette, on place une fève (aliment flatulent et pourvoyeur de souffle et donc de fécondité) et l’on découpe en parts égales. Le plus jeune de l’assemblée passe sous la table et le maître de maison chante “fébé Domine, pour qui cette part ?” “seigneur fève, pour qui cette part ?” Celui qui aura la fève sera élu roi grâce au souffle de sa fécondité.

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Les Souffles fécondants

Cette période d’inversion se prolonge en inaugurant la préparation du printemps. Quelques fêtes vont jalonner le mois de janvier. Le 17, Saint Antoine ermite, patron des mélancoliques qui, aujourd’hui, dispute la journée avec Sainte Roselyne, une des patronnes des menstrues (les roses). Le 20 janvier, Saint Sébastien, (vénérable) patron des archers présente son corps meurtri, percé de flèches, représenté souvent attaché à un poteau et surélevé comme l’est le coq des confréries archetières et qu’il faut abattre pour devenir roi annuel des archers. Après Sainte Agnès, (la pure) au 21, le 22 janvier, Vincent, (Victoire) patron des vignerons et... des ivrognes, est largement fêté aujourd’hui dans toute la France, sans doute en raison de son nom qui rassemble le “vin” et le “sang”.

Puis, le 25 janvier, la conversion de Saint Paul voit, traditionnellement le début de la bataille des vents de printemps. Du côté de la ville de Saint Dizier, des groupes vont encore, à minuit, sur une certaine colline, planter une girouette et mesurer les vents de l’année. La conversion de Saint Paul est une belle métaphore du tissage des vents printaniers. Saint Paul était lui-même tisserand et d’une certaine manière, “convertissait” les fils qui servaient à fabriquer des tentes pour les militaires.

L’entrée dans ce temps très venté nous amène à un cycle d’une douzaine de jours qui commencera à la Chandeleur, le 2 et se terminera à la Saint Valentin, le 14. C’est une période où les souffles fécondent la terre. Il faut dire que, le capricorne (comme son opposé à six mois : le cancer) ouvre la porte du ciel et propose aux âmes qui remontent des enfers de continuer leur voyage vers le ciel. Ces deux périodes sont symbolisées sur les armoiries du Pape avec deux clefs qui se croisent. Le pape est appelé Pontife : celui qui établit des ponts entre le ciel et la terre. Il est gardien des deux portes.

Dans la tradition, la porte de janvier-février est appelée porte des dieux et la porte de juillet-août est appelée porte des hommes.

Cette période est marquée au 1er février par Sainte Brigitte, une des patronnes des enfants. Ce n’est pas Sainte Brigitte de Suède qui, elle, est fêtée le 23 juillet. Il s’agit de Brigitte de Kildare, qui n’est pas sans parenté avec la grande déesse Irlandaise : Birgit. Elle avait aussi la spécialité de discuter avec les animaux. Mais n’entrons-nous pas dans la mouvance et l’animalité fécondante ?

Depuis la réforme du calendrier, en 1969, on y a mis Sainte Ella, une anglaise. Ce n’est même pas Sainte Ella de Wintherthur qui mourut dans un éclat de rire. Ca s’imposerait pourtant en cette période féconde.

C’est que le lendemain, 2 février, jour de la Chandeleur, il est de tradition que l’ours sorte de son hibernation.

Le 2 février est appelé CHANDELEUR, en souvenir des chandelles qui ont marqué la vie de Saint Blaise (3 février). Une veuve avait un pourceau qui fut enlevé par un loup. Le saint ordonna au loup de rendre le pourceau à la femme. Lorsque Blaise fut arrêté et mis en prison, la veuve tua le pourceau et apporta au prisonnier la tête, les pieds de l'animal, ainsi que du pain avec une chandelle. Blaise promit le bonheur à tous ceux qui, chaque année, offriraient une chandelle à une chapelle qui porterait son nom.

Mais il faut noter que la Chandeleur porte aussi deux autres noms : La “présentation au temple” et la “purification”.

La fête de la Purification est célébrée 40 jours après la Noël, soit, environ une lune et demie, temps d'une conversion, ce qui donne à la quarantaine valeur de changement radical.

Selon les lois juives, une femme qui a enfanté un fils est impure pendant 7 jours. Il lui reste alors 33 jours avant de pouvoir entrer au temple pour y présenter son enfant et se laver de sa souillure. (Cf. La Légende dorée - Jacques de Voragine - p. 188 et 196 - GF Flammarion 1967)

Parmi les appellations populaires des règles féminines, il en est une qui s'applique bien au 2 février : les OURSES. Les "souillures" féminines ont un statut global incluant à la fois les eaux de la parturition et le sang menstruel. Le jour de la Purification célèbre à la fois l’élimination des eaux et la sortie du sang menstruel. Le terme “ourse” désigne, sous forme de condensation l’eau impure, le sang cataménial et l’ours qui termine son hibernation. Car c'est ce jour où, pour la tradition, l'ours sort de son hibernation. (Curieusement, un Saint Ours est fêté le 2 février) De son séjour dans les régions infernales il ramène avec lui  - dans son ventre - les âmes des morts. (Cf. Cl. Gaignebet “A plus hault sens” Maisonneuve et Larose)

Il les lâchera grâce à un pet obligé qui lui chasse le bouchon anal. Bouchon formé par sa longue hibernation accompagnée de fermentation intestinale.

Mais si la lune est blanche, il se gardera de péter. En effet, un des statuts de la lune est d’être psychopompe (conducteur d’âme ou encore, selon l’étymologie populaire : pompe à âme), elle attire les âmes pour les projeter ensuite vers les ciels supérieurs, mais elle n’attire les âmes qu’en lune montante. Libérer les souffles en lune descendante les oblige à errer avant le travail lunaire du cycle suivant, c’est-à-dire au moins 14 jours plus tard. Tout cela est bien dangereux pour les vivants.

Si la lune est noire (nouvelle lune qui commence à être montante), alors l’ours fait son office de libérateur des âmes mais aussi des vents de printemps.

Les humains ont tout intérêt à ce que la lune soit noire. Si elle est blanche au 2 février, c’est que le printemps n’est pas là. Si elle est noire, les “âmes-souffles du printemps” peuvent alors se répandre, féconder la terre, et remonter vers le ciel grâce aux efforts conjugués de la lune et des rituels de carnaval.

C’est pourquoi, le 2 février, en même temps qu’un rituel de grimage noir ou blanc (au bouchon), les gens fabriqueront une pâte de couleur lunaire qu’il feront cuire dans une poële ronde. Tout en ayant en poche un symbole de la fécondité (Louis d’or) ils retourneront l’image de la lune afin de la faire noircir et, magiquement, faire venir le printemps : ce sont les crêpes de la Chandeleur.

C’est véritablement le jour des femmes. Dans certaines régions de l’Espagne, on trouve encore un rituel qui permet aux femmes de passer le tablier de cuisine à leurs maris et, pendant que l’homme endosse le rôle de gardien de la maison, elles envahissent les cafés, boivent, chantent et dansent jusqu’au soir. (Candelaria)

Le 3 février, Saint Blaise (“souffle” ou “loup”) marquera l’acmé dans le rôle des vents. Ce jour là, les paysans, ayant assisté à la messe, emporteront des cierges de Saint Blaise et marqueront par la flamme les poutres des étables où séjournent leurs bêtes. Cela, afin de les protéger des maladies pour toute l’année.

Le 4 février, Sainte Véronique (“qui porte la victoire” ou “image vraie”) rappellera, elle aussi, l’importance des signes de la fécondité. C’est une patronne des menstruées. De même qu’elle est patronne des photographes parce qu’elle a essuyé le visage de Jésus pendant sa passion. Visage qui est resté marqué sur le tissus.

Le 5 février, Sainte Agathe (la bonne) est une des patronnes de l’allaitement et des enfants. Lors de son martyre, on lui a coupé les mamelles. Mais avec la grâce Dieu, elles lui ont été restituées.

La période de fécondité trouvera un point d’orgue au 14 février, jour de la Saint Valentin. On ne sait pas trop pourquoi Valentin est patron des amoureux mais, traditionnellement, c’est le jour où les oiseaux s’accouplent. Des paysans de la Marne m’ont assuré que c’est le premier jour de l’année où l’on entend chanter les oiseaux le matin. Le père Cahier associe son nom aux anciens mots "Galantins", "galants", de l'ancien français "galer" : faire la noce.

Ce qui vient de se passer inaugure l’arrivée du printemps.

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Le Carnaval

La quarantaine qui suit est à référer au cycle lunaire : Pâques et les 40 jours précédents qui forment le carême. (“carême” signifie “quarante”) Pâques étant une fête mobile, le temps qui la sépare de la Chandeleur est variable. Théoriquement, le 2 février pourrait être la “clef antérieure” du mardi Gras. (début du carême) Les termes “clef antérieure” ou “clef postérieure” s’appliquent aux dates des fêtes mobiles et désigne la première ou la dernière date possible. Mais Mardi-gras, (carnaval) dépend de la quarantaine qui s’inscrit juste avant la fête de Pâques. Il dépend donc aussi de la première pleine lune de printemps.

Les âmes qui viennent de sortir des enfers, avec l’aide de l’ours, errent en attendant leur remontée vers le ciel. CARNAVAL qui vient juste avant Carême, peut être considéré comme la fête qui aide les morts à quitter ce monde pour s’en aller vers le septième ciel, celui de Saturne, au-delà duquel elles trouveront le repos.

C’est une fête pendant laquelle les évocations rituelles des “souffles” sont nombreuses. On prête des masques aux morts afin de leur assurer un corps de substitution. Les souffles (les âmes) animent ces corps provisoires et sont appelés à regagner leur patrie d’origine. S’il n’y a pas de carnaval sans masques, il n’y a pas non plus de Carnaval sans musique. Les instruments à air, comme les tambours, représentent la vibration des âmes.

Dans certains carnavals, des personnages que l’on appelle des “soufflaculs”, portent des bonnets en forme de coqs (coqueluchons). Ils portent à la mains des “follis” (soufflets d’âtre) et s’ingénient à faire circuler les souffles pour qu’ils puissent remonter au ciel grâce au chant du coq. Ils dansent à la queue-leu-leu, et chacun danse en plaçant le follis dans le fondement du danseur qui est devant lui. Tous chantent des chansons obscènes.

Carnaval est une fête pendant laquelle on mange des aliments flatulents : viandes, saucisses, andouilles, etc. Ces aliments provoquent la circulation des souffles.

Il faut rappeler que les anciens avaient, de l’âme, une idée plus concrète que nous. Elle était située dans le grand axe corporel qui va de la bouche à l’anus. Sans elle, plus rien ne pouvait plus fonctionner dans le corps humain. C’est par la bouche que nous “empruntons” notre âme à notre naissance et c’est pas la bouche que nous la “rendons” à notre mort. Mais pendant la vie, l’âme (les souffles) circule et s’exprime dans les différents souffles corporels : paroles, chants, rots, soupirs, pets, menstrues et émissions spermatiques etc.

Février signifierait “purification”. On se purifie des miasmes de l’hiver, les souffles purifient les conduits tout en fécondant la terre. Carnaval signe le nouveau printemps en honorant les morts qui reviennent, qui passent et qui remontent. On brûlera le bonhomme Carnaval en le chargeant de tous les péchés de la communauté.

Si la Chandeleur et Carnaval marquent le début du printemps Celte, 40 jours plus tard, la fête de Pâques marquera le début du printemps Chrétien. Un autre personnage (Jésus) sortira lui aussi de sa caverne (son tombeau) et annoncera le renouveau et la fécondité de la terre.

Nous avons là un bel exemple de syncrétisme qui ne s’inquiète pas de l’appartenance des thèmes à une ou l’autre religion mais qui les assemble selon une logique bien plus pragmatique.

Pâques marquera aussi la fin de la grande période des morts, qui commence au début de novembre avec Hallowe’en, Toussaint, Morts et Saint Martin.

Le mois des purifications est plus court que les autres, il se termine le 28, jour de la Saint Auguste. (c’est aussi la Saint Romain)  Lors des années bissextiles il se termine le 29 et la Saint Auguste se fête ce jour là. Il est le seul saint mobile. Comme le temps doit sans cesse être “remis en ordre”, tous les 4 ans, dans notre calendrier, nous rajoutons un jour afin de ne pas faire prendre de retard à l’année.

Jean-Claude Rey (Donnez-vous votre saint quotidien - Crédel) raconte l’histoire de février. Au temps où les mois avaient 30 jours, Février était jaloux de Janvier qui ouvrait l’année. Il lui faucha donc un jour pour devenir le mois le plus long, mais il perdit un jour au jeu et Janvier en eut un de plus. Février tenta de se rattraper en jouant un jour avec Mars, et perdit à nouveau... Février n’avait plus que 28 jours. Furieux, il jura que s’il était le mois le plus court, il serait aussi le mois le plus dur... Bien plus tard, on s’aperçut qu’il restait 5 jours dont un à Février qui, compte tenu de sa mauvaise humeur n’en disposerait que tous les 4 ans... Ce qui ne l’a pas rendu plus doux pour autant.

Il fut un temps ou le 1er mars, Saint Aubin, marquait la nouvelle année.

Mars nous emmène vers l’équinoxe de printemps que nous plaçons au 25.

Retou

La Pâques

C’est le temps du carême qui, liturgiquement, se déroule d’un dimanche à l’autre (bien que les dimanches ne fassent pas partie du carême) La mi-carême voit resurgir un sursaut de Carnaval. Passant par la Saint Patrick (17 mars) la Saint Joseph (19 mars), la Saint Benoît (21 mars) l’équinoxe amènera l’égalité entre les jours et les nuits. On dit qu’à l’équinoxe de printemps, à minuit, l’âne brait. Parce qu’il est animal diabolique, il est désespéré de voir que la lumière est en train de gagner sur les ténèbres.

C’est que le 25 mars est le jour de l’Annonciation. Avant Vatican II, le 24 était la fête de l’archange Gabriel (“le fort”, placé aujourd’hui au 29 septembre avec saint Michel) Le 25, Gabriel apparaît à Marie et lui annonce qu’elle concevra Jésus. (par l’oreille - Il existe, à Würzburg, en Bavière, un tympan de portail de la Marienkapelle qui représente l’Annonciation et la conception de la Vierge : un long tuyau sort de la bouche de Dieu le Père et descend jusqu’à l’oreille gauche de Marie)

Le jour de la conception de Jésus, les rapports charnels sont interdits. Le risque est de faire naître un enfant le 25 décembre, puis de le faire mettre en croix le 25 mars suivant !!!

C’est aussi, traditionnellement, le jour anniversaire de la création du monde. Ce n’est sans doute pas pour rien que l’Église propose aujourd’hui d’honorer la patriarche Melchisédech dont on vante l’ancienneté et la longévité.

Le jour des Rameaux amène la semaine sainte. Le vendredi saint commémore la mort de Jésus sur la croix. Les chrétiens ont “fait carême”, ils se sont purifiés et se sont préparé à “faire leurs Pâques”.

En “mangeant” le corps du Christ, les chrétiens se font “tombeau”. Ils reçoivent Jésus dans leur corps. Il existe toute une littérature au sujet de la communion et de l’ingestion de l’Hostie, depuis la bouche jusqu’à l’estomac, qui lui, est considéré comme un enfer. (Cf. L’enfer et le fantasme de l’hostie ,  Piero Camporesi - La force des idées - Hachette 1987)

En outre, la fête de Pâques permet au Christ de ressusciter et de sortir du tombeau. Le thème fondamental du christianisme est la résurrection de Jésus. Si l’on ne croit pas à ça, on ne peut pas être chrétien.

Pâques, fête centrale dans la liturgie catholique est celle où il faut être joyeux et rire.

Le rire force à ouvrir la bouche, donne la voix (la voie) pour le chant et permet de laisser sortir la “parole fécondante”. Le rire est infernal, il est signe de la sortie des enfers. C’est une perspective printanière. (Même les non-chrétiens disposeront des oeufs - symboles de fécondité - dans les jardins, afin que les enfants les découvrent)  De plus, le prêtre en chantant l’alleluia de Pâques sur trois tons successifs, constitue l’échelle musicale (la musique des sphères) qui favorisera la remontée au ciel de Jésus.

Chez les Romains, avait lieu, à ce moment, la fête des Hilaries (Hilares) en l’honneur d’Atys. C’était une fête où le rire était roi.

Dans les pays de l’Est, Pâques est une date possible pour la déshibernation de l’ours.

On pourrait considérer que le Christ est le dernier des “revenants” des enfers. Il est descendu aux enfers où il a réenchaîné les démons puis remonte vers le ciel.

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Cavaliers et Saints de glaces

Nous nous dirigeons vers la période d’été. Mais les sursauts de l’hiver sont loin d’être terminés. Les 23 avril, avec la Saint Georges, commence la période des “Cavaliers” du froid. Sortes de Saints de glaces qui risquent fort de geler les pousses. C’est aussi le temps de la lune rousse. Il fait souvent assez froid à la fin du mois d’avril.

Les cavaliers sont : Georges, (23) Marc, (25) Vital, (28) Eutrope,(30) Philippe (1 mai) et la Sainte croix. (3) Quelquefois, on va jusqu’à Saint Jean Porte Latine. (6)

C’est vers cette période qu’aura lieu la fête mobile des trois jours des Rogations (Rogare : prier) On partira en procession, dans les campagnes, pour demander en chantant, la protection du monde agricole.

Georges, qui a été destitué par le concile de Vatican II, est pourtant un saint que l’on continue de fêter surtout dans le monde orthodoxe. Il faut dire que, dans son histoire, il fut cavalier sauvant une jeune fille de la gueule d’un dragon.

Le 1er mai, fête de Saints Philippe et Jacques le mineur, est l’ancienne fête Celte de Beltaine. Fête du soleil et passage à l’été. C’est aussi la fête des sorcières : les Walpurgis. Il est dangereux de sortir la nuit du 30 avril au 1er mai car les sorcières rôdent. On offre le muguet qui est une fleur vénéneuse et qui sied aux sorcières. Fêter le travail n’est pas une tradition, l’idée est née au États-Unis en 1889 et la fête a “émigré” en Europe en 1890 mais elle ne sera officialisée qu’en 1947. Il se pourrait que ce thème disparaisse dans quelques années.

Nous sommes aussi le jour de la fête de Sainte Walburge (même mot que “Walpurgis”) qui avait pour don d’éloigner les chiens enragés.

Le mois de mai est le mois des rituels de luttes contre les dragons (cf. le Doudou de Mons - Belgique) mais c’est aussi la période où l’on désigne les “rosières”, jeunes filles vertueuses qui préfiguraient - avec un sens plus “spirituel” - les “miss” d’aujourd’hui. A Orléans, la rosière vertueuse et méritante s’appelle désormais “Jeanne d’Arc”. L’élection des rosières est d’invention récente.

C’est aussi le jour où l’on plantera un arbre qui pourra être l’axe du monde autour duquel la jeunesse dansera.

“C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, ouvrez vos paraplui-e, il va tomber de l’eau.” Attention, on ne fait pas d’enfants en mai. Dans les Balkans on dit que “mai est le mois des amours des ânes“.

Ovide écrivait : “Que les vierges et les veuves se gardent bien d’allumer dans ce mois les flambeaux de l’hyménée. Ces flambeaux se changeraient bientôt en torches funèbres.”

Bien sûr, les enfants naîtraient en carnaval au contact des âmes des morts, ça risquerait de faire des changelins. (raptés par les démons, les enfant sains sont remplacés par des enfants handicapés)

On disait aussi que les petits chats nés en mai étaient dévorés par les matous et que les cochons qui naissent crèvent ou deviennent fous.

C’est aussi le mois où l’on trouvera, 40 jours après Pâques, l’Ascension, puis, 10 jours plus tard, la Pentecôte, commémorant la descente de l’Esprit sur les apôtres sous forme de langues de feu. Le temps de Pentecôte - fêtée avec magnificence au Moyen-âge, quand elle durait parfois 8 jours - est celui des jeux et des tournois.

Mais le 1er mai est aussi la Saint Marcoul (ou Marcolfe) qui, au 5ème siècle, donna aux rois de France la vertu de guérir des écrouelles. Il est d’ailleurs invoqué pour toutes sortes de maladies de peau. On le prie aussi (avec Saint Cloud) pour guérir des excroissances. Le plantain, utilisé contre les plaies scrofuleuses est appelé aussi “herbe de Saint Marcoul”.

Il a un rapport avec les grenouilles. Je ne résiste pas à vous communique cette histoire racontée dans un manuscrit du XIIème siècle de la Bibliothèque Nationale :

Lorsque Saint MarcouI rentrait dans sa patrie, il y eut, chemin faisant, un miracle que je ne puis passer sous silence. Le saint homme, en traversant le diocèse de Bayeux, s’arrêta dans un oratoire situé sur la voie pour y célébrer le saint sacrifice. Près de là était un étang vaste et profond, rempli de limon et de fange, et dans lequel se trouvait une grande quantité de grenouilles. Le bienheureux étant monté à l’autel pour y célébrer les saints mystères, les batraciens criards se mirent à faire entendre une clameur telle que le saint homme en fut troublé. Supportant ce bruit avec peine, il fit signe à un de ses ministres, nommé Cariulphe d’ordonner aux grenouilles de cesser leur tumultueux coassement. Le disciple du saint s’approcha alors du marais et, plein de confiance dans la force d’en haut, plein d’assurance dans la sainteté de son maître, se mit à élever la voix en disant “Êtres bavards et importuns, mon maître vous commande à tous, sans exception, de garder le silence, afin que désormais vos chants ne puissent le troubler”.

O Merveille ! Aussitôt que ces petites bêtes eurent entendu l’ordre du bienheureux, elles gardèrent un si profond silence qu’on eût pu croire qu’elles étaient mortes. Le bienheureux Marcoul ayant achevé les saints mystères, monta sur son petit âne et, suivi de ses deux disciples, continua sa route. Il avait à peine parcouru deux milles, qu’il se rappela ce qu’il avait ordonné. “Arrêtez le pas, dit-il à ses frères nous avons oublié de rendre aux bestioles ce que nous leur avons enlevé, c’est-à-dire le langage que Dieu, par sa puissance suprême, a naturellement donné à, leur espèce. Qu’un de vous retourne à l’étang et leur commande au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de reprendre leur chant accoutumé.”

En entendant ces paroles, Cariulphe, le serviteur de Dieu toujours disposé à obéir aux ordres de son maître, retourne aussitôt sur ses pas. Arrivé au marais, il retrouve les grenouilles conservant un calme profond, et comme nulle d’elles ne faisait entendre aucun son, il leur dit “Comme mon maître t’a ordonné le silence, quand ton coassement le troublait pendant les saints mystères, maintenant il t’ordonne, ô grenouille, de reprendre  selon ton usage ce qui appartient à ta nature. Chante donc, ô petite raine, chante et ce que tu as perdu pour un temps, par la permission de Dieu, recouvre-le puisque l’autorisation t’en est donnée”. Et les grenouilles se remirent à coasser de plus belle.

Cette histoire est aussi celle de Sainte Ulphe d'Amiens. (23octobre).

Au premier mai, mois des “accordailles”, les jeunes gens vont “esmayer” les jeunes filles. Il vont planter un “mai”, une branche d’arbre devant la porte de celles à qui ils ont un “message” à communiquer. Il va sans dire que le genre d’arbre choisi est en rapport avec la réputation de la fille et avec ce qu’on veut lui dire. La branche de charme n’a pas de rapport avec celle de sureau qui, traditionnellement, est l’arbre auquel Judas s’est pendu.

Les 11, 12 et 13 mai, ce seront Saints Mamert, Pancrace et Servais. Ce sont les vrais Saints de glace. Une fois passé ce dernier sursaut de l’hiver, on peut commencer à planter. L’été est là.

Au 12 mai, on trouve Saint Pancrace à qui un empereur coupa la tête : il avait 14 ans.

On l’appelle aussi : Crampas ou Cranpace ou Plancart ou Blancat ou Planchas ou Planchais ou Brachs ou Branchais ou Blanchars ou Blancé. En Normandie, on l’appelle Planchers.

Il fait partie des Saints de glace :

Les trois Saints au sang de navet, Pancrace, Mamert et Servais sont bien nommés les Saints de glace, Mamert, Servais et Pancrace.

Le 15 mai fête une sainte Belge : Sainte Dymphe, que l’on honore dans la ville de Gheel, non loin d’Anvers, en Belgique. Gheel est la première ville qui fut et qui est toujours une institution psychiatrique. Les malades y résident en milieu ouvert.

Les conteurs verront en Sainte Dymphe le modèle de la jeune princesse de peau d’âne. Sa mère était morte. Son père en ressentait une grande douleur. Avant de mourir, sa femme lui avait fait promettre que, s’il se remariait, il n’épouserait qu’une femme aussi belle qu’elle.
Le père envoya ses messagers dans toute la contrée. Ils revinrent avec la conclusion qu’aucune femme du royaume n’égalait la fille du roi en beauté. Par conséquent, il lui conseillèrent d’épouser sa fille Dymphe.
Mais Dymphe s’enfuit vers la Belgique avec son vieux directeur de conscience, Géréberne. Le père les poursuivit et décapita lui-même sa fille.

Plusieurs saints de mai illustrent ce mois fleuri. Arrivons donc, après Saint Pascal et Saint Brendan au 17, à Sainte Rita au 22. Sainte Rita (diminutif de Marguerite) est patronne des causes désespérées. Elle est surtout invoquée pour se protéger des maris fâcheux.

Elle avait épousé un mari qui devint un assassin puis se fit assassiner. Ensuite, ses deux fils prirent la même voie en voulant venger leur père mais ils se firent tuer à leur tour. Une fois son mari et ses deux fils morts, elle voulut se consacrer à Dieu au couvent Sainte Marie-Madeleine à Cassie. Comme on n’y acceptait pas les veuves, elle fut refusée par trois fois. Mais quelques saints vinrent à son secours et la transportèrent de nuit au milieu du cloître. Après ce miracle, on fut bien obligé de l’accepter.
Dieu lui fit don d’une couronne d’épine qu’il posa sur sa tête. Cela fit une blessure qui n’arrêtait pas de s’infecter et de répandre une odeur de putréfaction. Un jour, les religieuses décidèrent de partir en voyage à Rome. Mais Rita ne pouvait être du voyage en raison de sa puanteur. Elle pria Dieu qui l’exauça en guérissant ses plaies. Elle pu donc accompagner ses soeurs à Rome. Au retour, les plaies se rouvrirent.

Sainte Pétronille (la fille de Saint Pierre) est fêtée au 31 mai. Sainte Pétronille est éminemment observée pour le temps car “elle trempe ou non une guenille”.  Elle était paralysée et passait tout le temps au lit. Un jour, un hôte de passage reprocha à Pierre de ne pas la guérir, lui qui était si saint et chef de l’Église. Pour prouver qu’il en avait le pouvoir, Pierre commanda à Pétronille de venir servir à boire. Elle se leva et vint servir à table. Puis elle se recoucha à nouveau paralysée. Pierre voulait qu’il en soit ainsi afin qu’elle atteigne plus facilement la sainteté.

Claude est au 6 juin, Saint Médard et son frère jumeau Saint Godard au 8 juin. (Depuis peu, Saint Claude a malheureusement déménagé et se retrouve au 15 février. Cela rend obsolète tous les dictons populaires attribués à Saint Claude et aux cerises)

S’il pleut à la Saint Médard, il pleuvra 40 jours plus tard à moins que Saint Barnabé (11 juin) ne lui coupe le nez (ou l’herbe sous le pied)

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Jean qui pleure et la Canicule

Le soleil va monter jusqu’au 24 juin à minuit, jour où, anciennement, on plaçait le solstice d’été.

C’est la Saint Jean-Baptiste, moment où le soleil commence à descendre. Mais son éclat est loin d’être déjà terni. Nous allons bientôt entrer dans la période de Canicule qui par son ardeur aidera à raser les poils de la terre (la végétation). Ce sera la période où le chien caniculaire aboiera de toutes ses forces et où le lion solaire zodiacal rugira de tous ses feux. Le lever héliaque de Sirius (la Canicule, le chien) faisait penser qu’à partir du 21 juillet, il y avait 2 soleils dans le ciel. Sirius est, en effet, l’étoile la plus brillante du ciel. Elle se lève avec le soleil, et l’accompagne pendant toute la journée à partir de cette date, cela pendant environ un mois. Dans les croyances populaires, c’était la raison pour laquelle il faisait si chaud.

La Saint Jean marque les jours les plus longs et l’angoisse de voir la terre s’embraser sous une chaleur torride. Il est nécessaire de prier ceux qui peuvent nous sauvegarder de ce fléau. Jean-Baptiste est de ceux-là, il a un rapport clair avec l’eau. Non seulement il porte une épaisse toison mais il baptise. C’est d’ailleurs pourquoi il est le patron de ceux qui plantent des asperges : “asperges me Domine”. La culture des asperges se termine à la Saint Jean.

Le jour de sa fête, on mariera l’eau et le feu. On dressera des bûchers mais aussi on prendra des bains. Sur les bûchers, on jettera des plantes en faisant des voeux et le jeunes gens sauteront le plus haut possible au-dessus des feux pour faire advenir la fécondité.

La nuit du 24, avant le lever du jour, on cueillera des plantes dites de la saint Jean pour en faire des onguents : la sauge, l’armoise, la verveine, la fougère mâle et bien d’autres.

Après avoir pris un bain - de minuit - on gardera de l’eau dans une bouteille afin de se protéger des maladies.

Les bains sauvent la terre de l’embrasement. D’autres saints, un peu plus tard, prendront le relais de cette sauvegarde.

Le 25, Saint Éloi et ses tenailles (à l’image du cancer) marquera la rotation du soleil qui inversera son trajet. Le 29, Saint Pierre, le pêcheur, se présentera quasi comme un doublet de Saint Jean. Il arrosera la chaleur d’humidité bienfaisante. On dit que Saint Pierre “noie son poisson”.

Sautons au 20 juillet, Saint Élie, prophète, maître de l’humidité et de la sécheresse. L’Évangile présente Jean-Baptiste comme le “nouvel Élie”. Mais c’est aussi Sainte Marguerite d’Antioche qui paraît depuis peu, sur le calendrier des postes sous le nom de Marine. Marguerite et Marine sont les mêmes noms : Mar-gharita : perle marine. En fait, elle a été enlevée du calendrier par Paul VI parce que son histoire est trop légendaire. Elle fut aimée par le gouverneur de sa province : Olibrius. Mais elle se refusa à lui. Furieux il la tortura et la fit frire dans l’huile. Mais c’est bien connu, ce genre de martyre n’atteint pas les saints. Elle en sorti donc vivante. Dépité, Olibrius la mit en prison. Le diable lui apparut alors sous forme de dragon et la dévora.

Voilà donc Marguerite dans le ventre du dragon. Heureusement, elle avait une croix dans sa poche. Elle s’en servi pour percer les flancs du dragon et parvint à sortir. En désespoir de cause, Olibrius lui fit couper la tête. Avant de mourir, Marguerite annonça que si les femmes enceintes la priaient, elle intercéderait pour elles auprès de Dieu. Elle devint alors patronne des femmes enceintes. 

Lorsqu’une future mère devait accoucher, un aide accoucheuse répétait sans cesse l’histoire de Marguerite sortant du dragon. L’enfant sortait alors plus aisément du ventre de sa mère.

Il n’y a pas si longtemps, à l’église Saint Germain des prés, à Paris, il y avait un culte à Sainte Marguerite - qui semble aujourd’hui avoir fait place à Sainte Rita ? - Les femmes enceintes processionnaient en s’entourant de ceintures dites de Sainte Marguerite - que l’on peut encore trouver aujourd’hui dans certaines églises. La rue du dragon qui se trouve à 200 mètres de l’église évoque le dragon de Sainte Marguerite. La rue des Saint Pères s'appellait aurtefois rue de la vache, animal qu'on appelle volontiers Marguerite : la perle.
Les rapports de Sainte Marguerite avec les eaux est clair, en référence aux accouchements.

Le 22 juillet fête Sainte Marie-Madeleine qui lava les pieds de Jésus avec ses cheveux mouillés des larmes de son repentir. Elle émigra ensuite vers la France où elle parvint aux Saintes Marie de la Mer. De là, elle se dirigea vers la montagne de la Sainte Beaume où elle résida dans une grotte au pied du saint Pilon.

Le 25, Saint Jacques et Saint Christophe sont des passeurs. Christophe a été supprimé depuis Vatican II, sans doute parce son histoire est particulièrement mythique. Il est, en effet, associé au géant Gargantua.  Dans sa légende, il passe le fleuve avec un enfant sur les épaules. Cet enfant se révèle être le Christ.  (cf “La légende Dorée” - Jacques de Voragine - Garnier Flammarion 2 Vol.) Il est invoqué pour la bonne mort en même temps qu’il est patron des voyageurs.

Jacques est associé à l’eau et à la mer par le fait qu’il fut, après sa mort, placé dans une barque sans gouvernail. La barque se dirigea vers l’Espagne et accosta près de la ville qu’on appelle aujourd’hui Saint Jacques de Compostelle. Les pèlerins qui vont à Saint Jacques, doivent trouver une coquille Saint Jacques sur la plage et la fixer sur leur chapeau.

Le 26 juillet, Sainte Anne, la sainte Grand-mère, qui succède sans doute à la grande déesse Celte : Ana ou Nana, mère de tous les dieux. Elle assure le fil de la généalogie qui donnera naissance au Christ.

Elle eut, paraît-il trois maris : Joachim, Cléophé et Salomé qui lui donnèrent chacun une fille nommée Marie, dont la Vierge, mère de Jésus. Avant Joachim, elle était pourtant stérile mais un ange lui apparut et lui prédit qu’elle aurait un enfant.

Sa soeur Hismérie enfanta Élisabeth, qui enfanta Saint Jean-Baptiste, cousin de Jésus.
On dit que son corps était dans la barque du groupe des femmes qui abordèrent aux Saintes Marie de la Mer. Il fut transporté à Apt où il resta caché pendant quelques siècles. Ce fut lors d’une visite de Charlemagne qu’il fut révélé par un jeune aveugle qui entendit des voix célestes.

Des reliques du corps de Sainte Anne furent données à Auray en Bretagne. Là, elle apparut à Yves Nicolazic pour lui indiquer l’endroit où il trouverait une statue de la sainte et pour lui demander de reconstruire un oratoire détruit. Depuis, il y a foule à Sainte Anne d’Auray le 26 juillet.

Le 27, la fête des 7 Dormants invite à une évocation caniculaire complexe. Cachés dans une grotte, ils s’endormirent pendant 300 ans, gardés par un chien à l’entrée. (Al Raqim) (Cf. Le Coran, sourate 18)
Le soleil inversa sa trajectoire. Après 300 ans, ils se réveillèrent frais et dispos. Tout avait changé autour d’eux.

Le tombeau de Sainte Marie-Madeleine (un de ses tombeaux, à Ephèse, en Turquie) jouxte la grotte des sept Dormants comme sa fête, au 22, jouxte celle des Sept Dormants. La grotte de la Sainte Beaume est aussi gardée par un chien. Les deux grottes sont orientée Nord-sud et, si le chien de Marie Madeleine est personnifié par le saint Pilon (pilou-poilu) la montagne d’Ephèse s’appelle le Pion ?

Il faut évoquer ici Saint Willibrod qui voyagea jusqu’à Ephèse puis revint fonder une abbaye à Echternach (Epternacene monasterium : les sept renaissants)

Ce thème est trop complexe pour être développé ici. (Cf. “Marie-Madeleine et son mystère”, Jacques Bonnet - Éd. Jacques Bonnet - Roanne)

Le 28, Saint Samson est souvent confondu avec celui de Dalila qui trouvait sa force dans ses poils. En fait il s’agit d’un saint Breton, assez légendaire, et qui est souvent représenté terrassant un dragon. Samson (de Dalila) est un personnage éminemment solaire qui arriva à terrasser un lion.

Le 29, Sainte Marthe, qui, elle aussi aborda aux Saintes-Maries, puis se dirigea vers Tarascon où elle triompha d’un dragon d’eau, la Tarasque, qui écumait le Rhône et ses paysans. Chaque année Tarascon commémore cette légende avec un dragon construit pour l’occasion.

Si vous trouvez Sainte Juliette au 30 juillet, dans le calendrier des postes, c’est que chaque jours comprend une cinquantaine de saints. Or, il n’y a pas bien longtemps que cette journée fêtait encore Abdon et Sennen. Mais aujourd’hui, plus personne ne s’appelle Adbon ni Sennen. C’est donc Juliette qui se présente sur la scène caniculaire. Elle en a bien le profil car il s’agit d’une martyre (en 303) qui poussa un cri de joie lorsqu’elle apprit qu’elle allait être brûlée vive. Elle se jeta d’elle-même sur le brasier et mourut étouffée par la fumée car le feu ne toucha pas son corps.
Saint Basile raconte qu’au lieu où son corps fut déposé, il en sortit une source fraîche bien agréable pour ces temps de chaleur.

Quant à Abdon et Sennen, deux saints dont les corps vinrent du Moyen-Orient en Europe dans le même cercueil, leur sarcophage existe toujours à Arles-sur-Tech, dans les Pyrénées. Il contient toujours de l’eau et l’on ne sait d’où elle vient. C’est surtout Saint Abdon qui est invoqué contre les dangers de l’orage. Il est même appelé “Saint Tape donc”.

Le 1er août est l’ancienne fête Celte de Lugnasad (Assemblée de Lug, dieu polytechnicien) Son nom a donné celui de la ville de Lyon : Lugdunum : Forteresse de Lug. C’était un moment de grande liesse. L’église y a placé la fête de Saint Pierre-aux-liens en commémoration des chaînes de Saint Pierre qui furent brisées miraculeusement lorsqu’il était en prison. Les liens catholiques remplacent sans doute les liens (assemblée) celtes et donc païens. Saint Pierre-aux-liens (chaînes) est patron des ferblantiers, ferronniers et serruriers. Depuis Vatican II le calendrier des postes mentionne Saint Alphonse. Il s’agit d’un aristocrate napolitain du 18ème siècle, patron des moraliste et des confesseurs.
On se demande ce qu’il fait là en pleine Canicule ?

La nuit du 10 août verra tomber les “larmes de Saint Laurent” sous forme d’étoiles filantes. Laurent est patron des rôtisseurs, maître du feu mais aussi de son contraire : l’eau. Il fut grillé vif. C’est pour cela qu’il est souvent représenté avec un grill à la main.
Il doit être aussi patron des barbecues ?

Le 15, l’Assomption, enverra la Vierge rejoindre les espaces célestes. La “mère” par excellence clôturera cette série de saints rafraîchissants par leur humidité.

Reste au 16 août Saint Roch, qui, comme s’il était menstrué, montre toujours sa cuisse parée d’un bubon de pestiféré. Il aurait soigné les pestiférés. À ses pieds, un chien qui lèche sa blessure.

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Vers le renouvellement

La Canicule s’éloigne et nous entrons dans le signe de la Vierge, période plus calme pendant laquelle les fêtes sont mineures. Est-ce peut être parce la période reflète l’abondance des récoltes d’été et de celles d’automne qui arrivent ?

La grande fête est celle de la Saint Michel au 29 septembre qui inaugure la période du renouvellement des fermages. 

L’équinoxe d’automne, au 23/24 coïncidait avec le temps de rouissage du chanvre et la fête de Saint Lin et celle de Sainte Thècle.(boîte) On y trouve aussi Saint Jonas jeté à l'eau (21) Saint Sylvain (forêt) (22) Saint Phocas le jardinier et marin (22) Florent frère de Florian jeté à l'eau (22))

Thècle est invoqué pour la bonne mort. Son histoire évoque assez clairement le rouissage des plantes textiles. Elle est mise sur le bûcher mais le feu ne la brûle pas.

O chose grande ! O chose admirable ! le feu qui dévore tout, dévaste tout et consume tout, nettoie, purifie et blanchit ce seul Pantagruelion.. (Rabelais Tiers livre chap 52.)

Elle est ensuite jetée dans une fosse humide remplie de phoques qui ne la touchent pas et ensuite dans une fosse aux serpents et aux bêtes venimeuses qui la laissent intacte.

On apprête le Pantagruelion vers l’équinoxe d’automne...  La première instruction que donna Pantagruel fut de dévêtir sa tige de ses feuilles et de sa semence, de la faire macérer dans de l’eau stagnante, et non courante,...” (Rabelais, Tiers livre, chap. 50, Éd. Seuil)

Depuis la Sainte Thècle/Saint Lin, nous sautons quarante jours qui nous ramènent au temps des morts et des revenants.

Le boucle est finie ? Non, elle recommence mais pas tout à fait comme l’an passé. Telle une spirale le temps mène sa farandole et ne se pose jamais au même endroit qu’avant, mais un peu plus haut. Ainsi en va-t-il du devenir de l’Homme qui, chaque année, répétitivement, rituellement, se retrouve haussé dans sa maturation afin qu’il puisse approcher, sans trop de peur,  la grande destructrice du temps.

Conclusions

Le calendrier de nos anciens, dont nous venons d’évoquer quelques grands traits en même temps que quelques détails colorés, n’est pas celui d’un temps quantitatif comme peut l’être celui d’un planning de répartition des heures de travail aujourd’hui. Il s’applique plutôt à donner au temps un rythme plein de contrastes et de rebondissements, de préparations suivies d’acmés puis de retombées calmantes : c’est un calendrier qualitatif. Un jour ne vaut pas l’autre et, de plus, il évolue vers des objectifs qui s’articulent les uns aux autres et qui, dans leur déroulement, visent à un accomplissement.

Son existence n’était possible que dans la perspective où une transcendance orientait l’Homme vers autre chose que son ego. Aujourd’hui, les fêtes nouvelles telles que celles des mères, des pères, de la musique etc. n’ont pas la force centrifuge des fêtes anciennes qui, sans cesse, projetaient l’Homme vers de nouveaux horizons. Ces fêtes nouvelles ne peuvent offrir de point de repères car elles ne sont pas temporelles. Elles replient l’Homme vers lui-même dans sa sphère narcissique, à la recherche de lui-même comme réalité originaire.

Cette perspective enfermante ne raconte rien d’autre qu’elle même. Elle n’a pas de sens par où se diriger et se limite au monde d’un espace clos et des images. Le “Temps” symbolique a fait place a la “durée” morcelée.

Le calendrier des anciens se présentait comme un ensemble de références permettant à l’Homme de savoir où aller, ou du moins, de suivre un cheminement. Le Temps s’épousait, intégrant le mouvement des corps par ses rituels successifs. Le rythme des étoiles et des planètes ordonnait rythmiquement celui des Hommes. Témoin la grande projection du corps humain sur le cycle zodiacal qui s’ouvre en mars par la tête (bélier) et qui se termine par les pieds (poissons). Cette période fut longtemps le début de l’année.

Aujourd’hui la perspective s’est inversée et nous nous évertuons à dominer le Temps. Est-ce l’influence du développement des technologies horlogères qui, depuis peu, scande une mesure régulière de la durée ?
Mais paradoxalement, croyant dominer ce qui nous dépasse infiniment, nous nous sommes mis au pas de l’horloge. Comme disait cet africain : “c’est drôle, les blancs, ils ont des montres et ils n’ont jamais le temps”.
Ne pouvons nous pas nous poser bien des questions sur cette mise au pas issue d’une volonté apeurée de domination de la mort. Démarche qui nous place loin de toutes références vivantes, dans une solitude arythmique - et mécanique - génératrice de toutes les folies ?

Willy BAKEROOT

3 novembre 2002 - Saint Hubert

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