Onomatopées et chantefables
Les onomatopées à l'origine de l'accès au langage.
Réflexions en rapport avec l'atelier "onomatopées et chantefables".
Rencontres des musicothérapeutes
Tempo - Besançon
les 11 et 12 novembre 2010.
AU DÉBUT DE LA VIE DE L'ENFANT
Les onomatopées apparaissent rapidement dès
que l’enfant
est né. Elles sont l'écho des bruits et
des rythmes de son entourage quotidien et ceux de son propre corps.
Progressivement, il va les différencier puis les intégrer.
Ainsi il s'appropriera le monde avec lequel il va pouvoir dialoguer en reproduisant
les sons ambiants au moyen de son propre corps et particulièrement
avec sa bouche.
Il pratiquera, en permanence, des jeux d'explorations qui, petit à petit,
constitueront son rapport a monde.
L'enfant ainsi sollicité par le contexte dans lequel il est plongé,
va créer des échanges propices à son devenir et ses transformations
inéluctables. Ce seront des jeux de communication créatifs et
fertiles.
Ces jeux s'imbriquent directement avec les traces gestuelles et sonores de
son environnement proche et vont, suivant la langue à laquelle elles
appartiennent, donner un babillage spécifique à son milieu.
Il va sans dire que la captation des sons de la langue maternelle ou la phonomimie
d'un petit Français n'est la même pour un petit Italien ou pour
une autre langue.
Cela donnera plus tard, dans le langage courant, une interprétation
des sons de la nature. Cette interprétation est différente selon
les langues. Par exemple le chant du coq se dit "cocorico" en français, "chichirirchi" en
italien, "kukerooku" en arabe .
LES MOTS DOUBLES
L’enfant abordera ensuite, assez vite, l'apprentissage
du langage par ce qu’on appelle des mots doubles. Ces mots sont faits
de deux syllabes, par exemple : papa, maman, dodo, dada, caca, etc.
Ce deux syllabes identiques rappellent probablement la fusion d’avec
la mère.
Les mots doubles sont souvent induits par les parents qui ont tendance à les
utiliser avec leurs enfants.
On appelle aussi les mots doubles : "mots phrases" car chaque mot
signifie une action. Par exemple "dada" : c'est le cheval mais aussi
le cheval qui court, le cheval qui mange, le monsieur sur le cheval, etc.
Un peu plus tard, interviendra le contraste entre les onomatopées,
lorsque l’enfant sera prêt à affronter un monde qui n’est
pas que fusionnel. Les mots du langage sont faits de syllabes contrastées.
L’exercice qui consiste à formuler ces contrastes par de nombreuses
répétitions rituelles semble conduire l’enfant à l’accès
à un langage de plus en plus élaboré.
PRATIQUES DES JEUX D'ONOMATOPÉES
Pour la reconstitution des bruits nous distinguons différents types d'utilisations et de pratiques qui permettront l'accès à la parole et la symbolisation du monde réel.
- Les jeux d'assonances et de créations de formules en vue de pouvoir
nommer les choses.
(ex. : les comptines : Manemine et manémo, porceline et peau de
strac - Unel casel etc.)
- L'aide au mouvement dans le travail, ou dans d’autres activités
humaines.
(exemple du "han" des bûcherons qui ahanent)
- Le jeu chanté et dansé, où l'onomatopée précise
la nature sonore, le geste ou le mouvement.
(voir tous les jeux chantés et dansés )
Ces différentes pratiques peuvent s'enchevêtrer et donner différents
types d'ordonnancements culturels et sociaux.
Dans tous les cas de figures elles seront chantantes et rythmées,
ce qui favorise un geste harmonieux et procure
une grande joie pour ces acteurs-auteurs.
L’onomatopée est vivante quand elle est portée avec intention.
Ce qui fait sens, c'est plus la façon de dire que ce qu’on dit.
L'ONOMATOPÉE ET LE CONCRET
On trouve des onomatopées dans le langage courant.
Il utilise fréquemment
les onomatopées, quand nous disons par exemple, "et vlan !" "et
toc" "oh! " " oulala" etc.
On les trouve aussi dans les comptines et dans les bulles des bandes dessinées,
et cela, dans toutes les langues.
On distingue celles qui reproduisent les sons de la nature, d'un animal ou
d'un objet extérieur, et celles qui expriment un sentiment ou un verbe
(une action).
Les travaux de Marcel Jousse sur les langues concrètes font l'hypothèse
qu'il y a une interaction entre le sens, le geste et le son, à l'origine
des mots ou des verbes. Comme ces exemples d'onomatopées anglaises
très révélatrices : les verbes comme to splash = éclabousser
ou to boom = gronder , retentir.
Il est possible, par exemple, que le mot « hache »,
en français, réponde à cette assertion, on associe très
bien le geste, le rythme et le son.
Mais les langues ont une longue histoire qui a transformé et éloigné l'image
sonore du mot de sa représentation initiale, par exemple dans le mot
papillon nous n'entendons plus le flo flo des ailes de l'insecte qui dans
sa représentation visuelle sont essentiellement deux grandes ailes
symétriques.
Nous savons aussi qu'à l'origine de la parole, le geste et la parole
sont intimement liés. Certains disent que la parole est un geste. Marcel
Jousse parlera du geste "laryngo-buccal".
C'est par le mimisme spontané et le phonomimisme que l'enfant rejoue
le réel qu'il s'approprie et place dans sa mémoire.
Le mimisme est le mime, mais spontané, que l'enfant pratique sans cesse
pour s'approprier des gestes de la réalité dans laquelle il
est plongé. Les "propositions" de la réalité seront
intégrées gestuellement et ainsi mémorisées.
Ces gestes du réel se présentent sous forme d'interactions que
l'on peut traduire par "un agent agissant un agi".
En se remettant en phase avec ce mode d'expression, dans lesquels les enfants vivent, l'adulte-enseigneur accède à un monde premier d'une grande civilité parce qu'il est volonté d'entrer dans le langage et donc d'établir une relation.
LA PRECISION DU GESTE
Un des rôles de l'onomatopée est d'aider à l'action,
au mouvement. Elle favorise la précision du mouvement, son sens fort
est dans le mouvement.
Un exemple dans le "et hop" nous avons une préparation "et",
une action "hop", puis un relâchement. Cela, en phase avec
le souffle : "Et hop" se fait sur une expiration, ensuite, l'inspiration
est dans la période de relâchement. Si le geste est juste, ou
si nous voulons lui donner de la puissance et de la précision, l'action
devrait engager tout le corps. Malheureusement par une surenchère de
l'écrit nos mouvements ont été réduits à
peu de chose. Marcel Jousse, persifleur, évoque ici ceux qui sont
devenus des "plumitifs".
Il y a bien une recherche de participation du corps à travers ce que
nous faisons, mais nous ne savons plus comment nous y prendre.
Les cultures africaines ou asiatiques ont relativement préservé leurs
sources orales. En les observant nous assistons à la mise en mouvement
de la parole, on pourrait presque dire que tout se danse, ou favorise une
vie concrète ressentie physiquement. À l'écoute de ce
qui se passe nous ne sommes pas indifférent, ça vibre, ça
résonne, même si nous ne comprenons pas ce qui se passe. D'où le
sentiment d'être en contact avec le vivant. (bien que les africains
parlent souvent du monde des morts)
Que ce soit les tambours africains ou le ketchak indonésiens on retrouve
cette même puissance de vie.
LA RE-CRÉATION
Il serait important que les adultes participent à cette
re-création, et surtout ceux qui ont charge d'éducation. Cela
pour deux raisons :
- pour son coté ritualiste voir jubilatoire dans certaines circonstances,
tant le rythme est ici bien ajusté.
- pour prendre conscience et revaloriser ce mode d'expression dans une transmission
plus adéquates avec nos enfants et répondre à leur besoin
de jeux langagier ou à des personnes en difficultés de communication.
Avant de se traduire par un langage très élaboré, le "geste
propositionnel", s'accompagne par des onomatopées. Le geste propositionnel
résulte de la pratique du mimisme. (CF. les travaux de Marcel Jousse)
Si,
dans notre recherche, nous prenons en compte le "geste propositionnel", étendons
alors notre recherche à l'organisation des phrases onomatopéiques
que l'on trouve dans les jeux dansés. Explorons donc différents
types d'organisations ou de jeux créatifs ou d'expression globale qui
mettent en jeu la voix le rythme et le corps.
D'emblée, il est bon de se référer à tous les
jeux dansés des cultures qui ont su garder leur traditions initiales.
L'idéal serait de se les approprier en passant par les détenteurs
d'une tradition, si on en a la possibilité, ensuite développer
sa propre créativité en vue de posséder un répertoire,
tout en osant puiser dans sa propre tradition.
LES RITUELS ENFANTINS DES JEUX DANSÉS ET CHANTÉS
Dans les jeux dansés, bien vivants et inépuisables, de nos enfants aux sein des écoles, il y a bien une re-création qu'ils prennent aussi dans la matière originelle de la langue maternelle.
La comptine suivante, entendue récemment dans une cour de récréation en région parisienne, illustre, dans sa construction, tout ce qui a été dit précédemment
DAM DAM DÉ DÉ
SI SI OLÉ OLÉ
MINIMINI WAKO
MINIMINI YÉ YÉ
OKOBAKÉ OKOBAKÉ
OKOBAKÉ YES !
répétez plusieurs fois le chant et le mouvement se révèleront.
De même avec cette forme responsoriale Africaine :
"la danse de
la grenouille" :
mains ouverte vers le ciel
BÉ É BO, BO O BA, TCHIGNA LALA
saut à gauche, saut à droite, mains vers la terre,
Appel du meneur de jeux : TCHOULÉI
Nous reconnaissons une certaine logique dans l'organisation des syllabes,
des voyelles et des consonnes, pour faciliter la mémoire et le mouvement, à commencer
par leur répétition et ensuite le fait qu'elles peuvent être
latéralisées et chantées en répartissant le mouvement
de gauche à droite et inversément.
Il est de toutes les cultures d'utiliser ces principes que cela soit dans
l'apprentissage des percussions :
TADITIKITARAKATAJAM
(onomatapées de percussion indienne)
Dans le chant à danser ou divers rituels de la vie.
LANNDIRIDIDOUDANN DIRIDI LANN DI RI DIRIDIDOUDANN
(extrait d'un chant breton)
Nous avons donc soit une expression qui n'existe que pour
ce quelle est ou soit pour une recherche de sens .
QUELQUES EXEMPLES DE JEUX VOCAUX
Différencié les créations d'adultes à celles des enfants beaucoup plus spontanées et moins littéraires.
Jeux d'enfants
Saut à la corde :
Uni unel
casin casel
du pied du jonc
coquille bourdon.
pour désigner un joueur :
Sardine et catedine et catedine fouchtra
you you you la catherina
sardine et catedine et catedine fouchtra
you you you c'est toi qui t'en vas
Abrekebrim'brikebram'brakam
sam'sa-ouam'sam'sam'satan
Abrekebrim'brikebram'brakam
sam'sa-ouam.
Jeux d'adultes
les virelangues
ton thé t'a t'il ôté ta toux
(à dire le + vite
possible)
ou
surlababo mirlababi
mirliton ribo ribette
mirlababo mirlababi
mirliton ribon ribo
(Victor Hugo)
À dire en agitant itérativement, par syllabe, l'index ouvert
sur les lèvres, de haut en bas, poing fermé, maintenir les voyelles
en son continu non détaché.
A explorer aussi avec les percussions
(accents toniques tous les 2x4+1x3
et 2x2 temps).
Avec la comptine que vous connaissez tous, pour un jeux de direction avec
un groupe important (20 personnes) « Am Stram Gram » prendre
une bonne respiration; se servir du diaphragme, gonfler le corps en prenant
beaucoup d'air par la bouche, ensuite le « AM » sera
soufflé d'un long "A" non vocalisé qui se conclu par
le "M", "STRAM" et "GRAM" Faire vibrer la glotte,
poursuivre la comptine qui fabrique des battants agressifs "PIC PIC" aigüe
de différentes hauteurs et directions.
Bien placer la voix, puis un recentrage sur "COLEGRAM", ensuite
il s'enracine dans la terre, tout en préservant le balancement lourd
et grave de "BOURRE ET BOURRE" et la conclusion « RATATAM » qui
sera un arrêt. pour après un long silence par un "PIC DAM",
Tutti vif aiguë grave. À faire en plusieurs groupes , trouver
son propre déroulement.