Saint Guignefort ou Lévrier
22 août

Saint Lévrier est fêté le 22
août, à la fin de la canicule.
Il y a trois saint Guignefort. Guignefort de
Sens et Guignefort de Bourges sont fêté vers le 26 février.
A six mois de là, Guignefort de Pavie (Bonifort) est fêté
le 22 août.
L'histoire de ce chien est bien ancienne. On la
trouve dans le monde entier même jusqu'aux Indes. Elle existe depuis
qu'il y a des chiens et depuis que les hommes ont magnifié sa
fidélité touchante et sa capacité mélancolique sans
pareille. Cela prouve qu'elle touche l'homme jusqu'au tréfonds de son
inconscient.
L'histoire, qui recouvre les multiples versions,
est la suivante :
Un seigneur et sa femme n'avaient pas d'enfant.
Il en souffraient beaucoup. Par contre, ils avaient un chien, un
lévrier, qu'ils aimaient de tout coeur. Le chien le leur rendait bien.
Puis, à force de prier Dieu, ils
obtinrent un fils qu'ils se mirent à chérir sans réserve.
La femme le berçait en lui chantant de douces berceuses.
Un jour, la mère dû s'absenter.
Elle confia l'enfant à la garde de son mari. Mais pendant ce temps, un
serviteur du roi vint porter une convocation urgente au mari. Celui-ci
s'exécuta sans délai et confia la garde de l'enfant au chien.
Or, pendant son absence, un énorme
serpent surgit par un trou dans le mur et voulut monter dans le berceau. Le
chien s'en aperçut et fonça sur le serpent. Il y eut une horrible
bataille à l'issue de laquelle le chien sortit vainqueur. Le serpent fut
tué et coupé en morceau.
Le chien qui avait massacré le serpent
eut son museau plein de sang. Tout content d'avoir sauvé l'enfant, il se
mit devant la porte afin d'attendre son maître et fêter avec lui
cet heureux événement.
Un peu plus tard, le seigneur revint du palais.
Le chien bondit de joie vers lui comme pour lui annoncer la bonne nouvelle.
Mais le maître s'aperçut que celui
à qui il avait confié la garde du bébé avait la
gueule ensanglantée. Il pensa alors que le chien avait
dévoré son fils, ce qui le mit dans une rage folle. Il saisit son
épée et trancha avec force la tête de l'animal.
Puis il entra dans la chambre et aperçut
son enfant bien vivant, en train de sucer son pouce. Au pied du berceau, il
trouva les morceaux du serpent. Il comprit alors sa méprise et pleura
longtemps sa faute. Il éleva un magnifique tombeau au chien.
Toutes les versions de ce conte sont belles et
touchantes. Dans les versions indiennes, il ne s'agit pas d'un chien mais d'une
mangouste qui venait de mettre bas. La femme trouva que ça lui porterait
bonheur. Elle faisait beaucoup de gâteaux avec du lait et du beurre et
les partageait avec la mangouste. Effectivement, un peu plus tard, elle
accoucha d'un fils.
Lorsque l'enfant resta seul avec la mangouste,
un serpent venimeux, attiré par l'odeur du beurre, voulut tuer l'enfant.
La mangouste tua le serpent, considérant que le bébé
était son frère cadet. Puis, elle pensa qu'en se maculant la
gueule de sang, son père adoptif ne manquerait pas de le
récompenser.
Lorsque le Brahmane rentra et qu'il vit la
mangouste et sa gueule en sang, il pensa qu'elle avait dévoré
l'enfant et il la tua avec un bâton. Découvrant sa méprise,
il ressenti une vive douleur et tomba évanoui.
Le plus souvent, on trouve un chien, un
lévrier, mais on peut aussi trouver une mangouste, un ichneumon, une
belette, une hermine et même un serviteur.
Dans une très belle version du Cambodge,
le serviteur qui accompagnait ses maîtres, le roi et la reine, couchait
dans la chambre royale. Il vit apparaître un serpent énorme. Il
bondit et lui coupa la tête. Mais le sang jaillit jusque sur la gorge et
sur la poitrine de la reine.
Il lui était interdit de nettoyer la robe
de la reine avec ses mains. Il le fit avec sa langue. Mais la reine se
réveilla effrayée criant qu'elle avait senti le contact des
lèvres du serviteur sur sa gorge. Le roi le condamna à mort.
S'ensuit le trajet des bourreaux qui veulent
passer par les quatre portes du palais. Chaque fois le gardien des portes
refuse d'ouvrir et raconte un conte sur le thème de la méprise.
Finalement, le roi, découvrant le cadavre
du serpent, compris qu'il avait agit avec précipitation. Il fit ramener
le serviteur et le combla de bienfaits.
Dans une version du pays de Galles, le prince
Llewellyn avait un lévrier nommé Gellert ou Cylart. C'est la
même histoire, mais dès que le prince réalisa son erreur,
il fut prit d'un tel chagrin qu'il érigea un monument de reconnaissance
au chien et donna le nom du lévrier au lieu où il le fit
enterrer. Dans cette histoire celui qui attaque l'enfant n'est pas un serpent
mais d'un loup.
Cette histoire aoûtienne traduit la mort
temporelle de la canicule au 22 août.

Au XIIIème siècle, un dominicain
de la région de Lyon reçut les confidences de femmes qui allaient
porter leur enfant à Saint Guignefort. Comme elles n'avaient pas la
conscience tranquille, elle s'en confessait comme relevant de la superstition.
Il ne s'agissait pas d'un saint ordinaire, Guinefort ou Guignefort était
un chien qui avait été tué comme nous l'avons
raconté.
Les femmes, en pèlerinage, apportaient
leurs enfants autour du tombeau du chien martyr. Elles amenaient surtout les
enfants handicapés, malades et débiles.
Une sorcière qui habitait là
guidait les femmes dans les rituels à faire pour obtenir les bonnes
grâces voulues.
Le premier rituel consistait à lancer
l'enfant nu entre deux arbres rapprochés. Neuf fois de suite, la
mère lançait son enfant, la sorcière l'attrapait de
l'autre côté et le renvoyait à la mère.
Elles priaient les démons de prendre
l'enfant et de leur rendre en bonne santé. C'était ce qu'on
appelle un "changelin" qui, dès sa naissance, selon la
croyance, avait été rapté par le démon et
remplacé par un enfant débile.
Un autre rituel consistait à poser
l'enfant sur un tas de paille entouré de quatre cierges allumés. On
attendait que les cierges se consument. Quelquefois, ils mettaient le feu
à la paille et l'enfant mourait brûlé vif.
S'il en réchappait, il avait droit
à un autre rituel qui consistait à le plonger neuf fois dans le
courant glacé de la Chalaronne.
Après ça, si l'enfant restait
vivant, c'est qu'il était suffisamment fort pour continuer à
vivre et qu'il n'était pas un changelin.
Mais saint Guignefort est aussi invoqué
par les femmes afin de "réveiller" l'appétit de leurs
maris "endormis". Guigner, en patois, signifie "remuer la
queue" pour les chiens. "Remue-fort" la queue.
Si vous voulez lire des pages assez
complètes sur ce chien fidèle qui fut prit pour un saint,
procurez-vous le livre de Pierre Saint Yves : paru aux éditions
Laffont-Bouquins. Il porte trois sous-titres : Les contes de Perrault - En
marge de la Légende Dorée - Les reliques et les images
légendaires.
C'est de ce livre et de "A plus hault
sens" de Claude Gaignebet que je me suis m'inspiré. (Maisonneuve et
Larose)
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