Gaston et l'ours

 

Saint Vaast ou Waast ou Gaston 

(“gast” “Hôte” ou “voyageur”)

 

6 février

 

 

V

aast s’est d’abord appelé Vedastus. Son nom s’est transformé en Veast puis en Vaast, et, aujourd’hui en Gaston.

Saint Gaston ou Vaast ou Waast serait né dans le Périgord à Villac près de Terrasson, d’une famille fortunée. L’église paroissiale lui est dédiée et une fontaine porte son nom.

 

 

Après avoir quitté ses parents, il se retira à Toul où il vécut en solitaire. Mais sa réputation devint grande et l’évêque de Toul le fit entrer dans son clergé.

 

 

A cette époque, Clovis Ier, se battit contre les Allemands qui essayaient sans doute de faire avorter la monarchie française naissante.

 

 

A Tolbiac, près de Cologne, (aujourd’hui Zulpich) la bataille était loin d’être gagnée et la victoire penchait même pour les Allemands. Clovis se souvint des recommandations de sa femme Clotilde.

Elle avait beaucoup insisté, en effet, pour qu’il se convertisse au christianisme.

Les yeux levés au ciel, il s’écria que s’il gagnait la guerre, il se convertirait et se ferait baptiser.

Les Francs reprirent courage et triomphèrent des Allemands en tuant leur roi.

 

Revenant de la guerre, Clovis passa par Toul et y rencontra Vaast qui passait pour être un croyant fervent. Clovis lui demanda de l’instruire des choses de Dieu. Vaast accepta et le suivit. Il devint donc le catéchiste de Clovis.

Pendant le voyage, en passant au village de Rilly-aux-oies (près de Attigny, sur l’Aisne, à l’est de Rethel), Vaast rendit la vue à un aveugle qui se trouvait près du roi. Celui-ci fut très impressionné. Peu de temps après, il se fit baptiser par Saint Rémi qui, en lui versant l’eau lui dit “Ployez le cou, ô Sicambre, sous le joug de Jésus-Christ, adorez ce que vous avez brûlé et brûlez ce que vous avez adoré !” Trois mille nobles Francs se firent baptiser après lui. Cela se passa le 25 décembre 496.

 

E

n quittant Reims, Clovis recommanda Vaast à Saint Rémi qui l’envoya dans les villages pour catéchiser. Puis Rémi le consacra évêque d’Arras en Artois.

Mais Arras avait subit bien des misères avec l’invasion des Vandales et des Alains, puis, plus tard, avec sa destruction par Attila en 450.

En entrant dans Arras, Vaast guérit un aveugle et un boiteux qui lui demandaient l’aumône.  Il gagna ainsi la confiance des Arrageois. (ou Artésiens)

 

Mais tout ce qui avait été construit pour le culte était en ruines, couvert de ronces et servait de repaire aux bêtes sauvages . Vaast se mit à pleurer et pria. A ce moment, un ours sortit des ruines. (la Légende Dorée parle d’un loup) Vaast n’en fut point troublé. Il conjura l’ours de ne pas faire de mal à quiconque. L’ours docile le suivit et devint son fidèle compagnon. Certains disent qu’il s’agissait d’une ourse.

Vaast se mit en devoir de reconstruire des édifices religieux et de convertir les gens de la région.

 

Clotaire Ier, fils de Clovis, prit, avec sa cour, les habitudes romaines. Perdant leur humeur guerrières, ils passaient beaucoup de temps en banquets et en orgies. La cervoise coulait à flot. Les festins se terminaient toujours par l’ivresse titubante de tous les convives.

Un jour, un notable qui s’appelait Ocine, (ou Hozinus) invita Vaast à un festin qu’il donnait pour le roi. Vaast accepta, pensant mettre fin à ces pratiques qu’il jugeait scandaleuses.

En entrant dans la salle, il fit un signe de croix et tous les vases remplis de cervoise se brisèrent. Vaast expliqua que ces vases cachaient le démon qui avait fui pendant que la cervoise se répandait sur le sol. Tout  le monde était atterré devant ce prodige ! Bien des gens se convertirent.

 

Saint Rémi chargea alors saint Vaast de gouverner le diocèse de Cambrai.(en 510) Arras et Cambrai furent alors réunis administrativement jusqu’au XIème siècle.

 

Puis Vaast s’occupa aussi du Beauvaisis où il y reconstruisit bien des édifices et où il fit de nombreux miracles.

 

Il était devenu vieux et les fièvres le dévoraient. Par une froide nuit d’hiver, on vit une immense nuée de feu qui s’élevait de sa maison d’Arras jusqu’au ciel. Cela dura deux heures. on vint prévenir Vaast qui compris que le moment était venu de quitter cette terre. Il s’éteignit alors le 6 février 540.

On raconta qu’au moment où son âme quittait son corps, on entendit un choeur d’anges qui remplit la maison.

 

Quelques temps après sa mort, un incendie éclata à Arras. Il menaçait toute la ville. Une femme nommée Abite invoqua Saint Vaast. Elle le vit apparaître. Il écartait les flammes.

La maison du saint fut épargnée.

 

A

u 9ème siècle, bien des couvents de l’Artois envoyaient des mariniers pêcher le poissons en mer. On réclama à ceux de l’abbaye de Saint Vaast un droit de deux sous pour leur permettre de jeter leurs filets. Ils refusèrent et prièrent leur saint patron.  Les barques sortirent du port et une grande tempête s’éleva en menaçant les embarcations qui eurent bien de la peine à regagner la terre. Seules les barques de ceux de saint Vaast purent, sans difficulté, rapporter des quantités énormes de poissons. En souvenir de ce miracle, les mariniers de l’Artois payent chaque année, deux sous aux religieux de l’abbaye de Saint Vaast.

 

Dans les manuscrits qui racontent la vie de Saint Vaast, on le représente avec un ours à sa suite.

 

Les Anglais vénéraient Saint Vaast sous le nom de Foster. (“Beau-père” ou “Celui qui élève”) C’est de là que la famille Foster tire son nom.

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Dictons de février 

Vaast voulait être enterré dans une petite chapelle qu’il avait fait construire au bord de la rivière Crinchon. Mais le lieu ne fut pas trouvé bien beau et on le porta à la grand église Notre Dame.

 

De nombreuses églises de la région sont sous le vocable de Saint Vaast et possèdent de nombreuses reliques. Les ossements sont répandus à Bailleul, Annezin, Wrugles, Vergies, Fouquières-les-Lens, Lattre-Saint-Quentin, l’hospice civil de la ville d’Aire, Moreuil, (Amiens) Notre Dame de Saint Omer, Le Pas, Bienvillers au bois, le séminaire d’Arras, Laventie, Gonnehem, Fruges, Saint Vaast-la-Hougues, (Coutances) les Bénédictines du Saint Sacrement d’Arras, Armentières, Saint Nicolas d’Arras, Saint Pol.

A Saint Pol sur Ternoise, (62) on trouve un bas relief avec un évêque et un ours à ses pieds.

 

L

a région de Flandre (nomades de la plaine) est marquée par le mythe de Jean de l’ours. (Gayant) Saint Vaast n’est pas sans rapport avec ce mythe. Une version flamande du conte relate qu’un bûcheron du nom de Gaylon vit un jour cinq petits ours qui sortirent d’une grotte. Gaylon les appela amicalement. Tout effrayé par la voix de Gaylon, les oursons rentrèrent vivement dans la grotte. Gaylon se mit à pleurer en gémissant “personne ne m’aime, même les bêtes me fuient”. A ces mots, un petit ours pointa son nez et vint retrouver Gaylon en gambadant. Gaylon l’adopta comme son fils, il le prit sur son dos et revint à la ville de Cantin. Le barbier rasa l’ourson qui devint un petit garçon très fort qu’on appela Jean, en souvenir de Saint Jean-Baptiste qui portait une peau de bête. (plus fort que Benoît Brisefer car il ne craignait pas les rhumes)

On le baptisa mais on ne parvint pas à le purger car, grâce à sa force, il renversa l’apothicaire

 

Un jour que Jean venait d’avoir 16 ans, les fêtes de la Saint Jean battaient leur plein, il vit un des garçons qui se moquait de lui jeter un panier rempli de chats dans le brasier. Jean se jeta dans le feu et sauva les chats, puis, sous l’effet de la colère, il bouscula le garçon qui se fracassa la tête et mourut.

On voulut enchaîner et pendre Jean, mais d’un simple effort il cassait les cordes et les chaînes.

A ce moment, apparut un héraut vêtu de velours vert (le loup vert de Jumièges ?) et chevauchant un énorme cheval. Il clama que les trois filles du roi : Soleil d’or, Lune d’argent et Étoile du matin avaient été enlevées par un dragon. Celui qui les délivrerait avait la promesse d’un mariage.

Jean se saisit d’une poutrelle dont il fit sa canne. On le surnomma alors Gayant, c’est-à-dire Géant. Etc. on connaît la suite avec Tord-Chênes (Torquesnes)

 

Curieusement, j’ai traduit, avec un ami turc, une version turque, très proche de cette version flamande, dans laquelle le héros porte le nom de Kelolan. (garçon chauve)

Je m’interroge sur la similitude entre Saint Vaast pleurant sur les ruines d’Arras lorsqu’apparaît un ours et Gaylon pleurant sur sa solitude à Douai, lorsqu’apparaît son fils l’ourson.

Il s’agit là de configurations mythologiques similaires. Plutôt qu’à rechercher des paternités ou des filiations dans les personnages, je crois plus à l’influence des configurations qui se multiplient grâce à leur dynamique. Parfois, elles s‘inversent comme dans le cas des versions Jean-de l’ours (velu) et Kelolan (glabre), à de milliers de kilomètres de distance.

 

Dans l’histoire de Saint Vaast, il n’est pas question de chats. Mais non loin d’Arras, près du village de Berten (l’ours) se trouve le Mont des Cats (des chats) sur lequel, autrefois, vivait un ermite qui avait une fervente dévotion pour Saint Vaast.

Claude Gaignebet, dans son livre sur la religion populaire au moyen-âge, fait remarquer que l’église saint Sylvain (forêt) de Levroux (36) possède un vitrail de saint Vaast d’Arras sur lequel est représentée l’ourse, sa compagne, avec son petit. C’est un fait qui n’est pas mentionné dans la vie de Vaast. Mais cette représentation témoigne de la grandeur de la configuration dont Vaast est une des clés. (Il existe des “Saint Vaast” en Belgique)

Le mythe tourne autour du “sauvage” qui s’accommode bien de relations avec les animaux. Frédérick Tristan pense que Gayant est apparenté à Odin-Woden. Bruno, l’ours, le “ferrant” fabrique “un chariot à quatre roues”. Son épouse, Freya se promène toujours sur un chariot traîné par des chats.

A Ypres, pour combattre le culte des dieux scandinaves, on jettera des chats du haut du beffroi, le mercredi, jour des chats : “woensdag katten, duivels katten”. On remplacera Freya par la Vierge Marie.

 

U

ne dernière histoire concernant Vaast (racontée par Frédérick Tristan dans “Géants et gueux de Flandre” et reprise de Van Gennep) qui montre bien l’aspect ambigu de Vaast, à la fois ami des bêtes et aussi leur ennemi.

 

«A quelques kilomètres de Cambrai, s’élevait naguère le château d’Esnes. Lorsque saint Vaast vint prêcher le christianisme en Flandre, le diable fit tomber la foudre sur le château qui fut détruit.

Le propriétaire des lieux vint trouver Saint Vaast et lui demanda de reconstruire le château par miracle. Vaast refusa. Alors le diable se présenta et déclara que lui, s’offrait bien volontiers à reconstruire le château en une seule nuit pourvu que le châtelain abjurât le christianisme.

Le pauvre homme accepta et, le lendemain, le château se dressait à nouveau, fier et tout neuf, là où il ne restait plus que pierre sur pierre.

Saint Vaast, inquiet de l’affaire, vint rendre visite au châtelain mais celui-ci lui refusa l’entrée. Alors quatre anges apparurent aux yeux de la foule émerveillée et autour du saint élevèrent une tour appelée depuis “la chaire grise”. Quatre mille personnes se convertirent et le châtelain fut exorcisé et promit de n’avoir plus aucune relation avec les bêtes infernales.»

 

Ainsi, Vaast a quelques relations mythologique avec les anciens dieux scandinaves. - comme saint Éloi, un peu plus tard, avec Loki - Elles sont complexes et paradoxales par le fait qu’il s’agit d’un des nombreux personnages “chistianisateur” des Flandres ou d’ailleurs.

 

Il est donc à la charnière de deux mentalités, à la fois raseur de l’ours mais ours lui-même. Comme Saint Martin, pourfendeur de cultes animaux est lui-même présenté sous un aspect oursin et porte le nom préféré de l’ours.

 

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